JAPON: LE SOLEIL ROUGE

JAPON: LE SOLEIL ROUGE

Pourquoi je ne vis pas au Japon...

     Le Japon... c'est le pays ou je veux vivre plus tard!

     Beaucoup de "globe trotters" pourraient conclure leur séjour par cette phrase suite à un ou plusieurs voyages effectuée dans ce pays tellement propre, organisé, serviable... et j'en passe. J'ai d'ailleurs développé plusieurs aspects positifs de ce pays dans cet article:  Pourquoi j’aime le JaponMais alors, pourquoi moi, ne suis-je pas parti y vivre définitivement? En effet, étant marié avec une japonaise, travaillant en France dans une multinationale japonaise, j'aurais pu assez facilement tenter l'expatriation. Toutes les conditions étaient réunies pour pouvoir le faire et... je vis toujours en France.

 

       Alors pourquoi?

       En fait, j'ai remarqué que chaque nouveau pays que l'on visite, quel qu'il soit, du moment qu'il correspond à nos aspirations et à nos valeurs, présente toujours plus d'avantages et de bons côtés que de mauvais... du moins au début. Mais lorsque le temps passe, certains aspects un peu cachés de cette nouvelle société se révèlent vite être trop contraignants et finissent par l'emporter. Je vais en développer quelques uns...

 

       J'ai eu la "chance" d'y travailler. 

       Même si cela n'a pas duré des années, le temps que j'ai passé en entreprise au Japon a été suffisant pour me rendre compte des différences avec celles de notre hexagone. En fait, pour faire court, ici, ça bosse... et longtemps. Le travail semble être une seconde famille pour beaucoup d'employés, et je dirai même souvent la première compte tenu du temps qu'ils y passent. Une douzaine d'heures par jour au minimum, peu de pauses, le repas pris sur le pouce (même avec des baguettes...). Des vacances faméliques (ils ont des jours de congés, mais ne les prennent pas...). Bon, ça encore j'aurais pu m'y faire car je ne rechigne jamais à faire des heures, les cadres français étant parait-il parmi ceux qui en font le plus en Europe...

        Ce qui m'a le plus dérangé, c'est la réaction générale lorsqu'il arrive un évènement imprévu... Il ne se passe rien. Aucune décision n'est prise individuellement et on entre dans une phase de réflexion commune, un enchaînement de réunions stériles durant lesquelles personne ne décide... jusqu'à ce que le boss, qui n'a rien dit pendant des heures et même des jours, indique que, après avoir longuement écouté tous les avis, évalué leurs conséquences et surtout fort de son expérience et de son statut de dirigeant, il oriente son staff vers de nouvelles pistes de travail à explorer afin de résoudre le problème... C'est à dire qu'il n'a rien décidé!!!

     Tout le monde acquiesce, se remet au boulot et fait comme si le problème n'existait plus. Chacun apportant sa bribe de solution, celui ci finira de toute façon par disparaître. C'est ce manque d'initiative personnelle qui m'a le plus étonné. Pourquoi passer des heures pour prendre une décision qui semble évidente... et l'inverse étonne les japonais que je côtoie tous les jours en France. "Vous avez beaucoup d'imagination et prenez beaucoup de risques"...

          Ma femme m'a raconté que lorsqu'elle travaillait dans une société commerciale internationale au Japon, elle ne comptait plus le nombre de nuits qu'elle a passé à son bureau, finissant par s'y endormir... C'était les femmes de ménage qui la réveillaient au matin. C'est un des "détails" qui l'a incitée à s'expatrier.

 

        Les enfants...

        Nous avons une fille, qui est bientôt majeure et qui a toujours vécu en France, instruite par notre Education Nationale. Elle ne s'en sort pas trop mal pour l'instant, préparant un bac scientifique avec une option internationale en histoire et littérature en langue japonaise. Bien sur, il a fallu qu'elle travaille plus qu'un élève français car elle a dû boucler son programme de cours d'enseignement général en français avec 8 heures de moins par semaine, ces heures lui ayant permis d'acquérir le niveau d'un élève japonais de fin de troisième cycle en histoire et littérature. Si elle le veut, elle aura la possibilité d'intégrer une université japonaise l'an prochain, mais je doute qu'elle en fasse le choix... nous allons voir pourquoi.

      "Lorsque l'enfant parait..."

      Victor Hugo a magnifiquement décrit les changements dans une famille française à  la naissance d'un bébé. Au Japon, c'est un petit roi qui vient sur terre. Pendant les premières années de sa vie, il sera choyé, chouchouté, adulé. On lui passera tous ses caprices, il aura rarement des remontrances et sa vie sera un vrai paradis... jusqu'à ce qu'il découvre l'école! Ensuite, changement brutal: ici, c'est sérieux, on bosse! Et il va bosser. Dès le premier cycle il n'aura qu'une seule alternative: suivre le troupeau dont le seul but est de devenir élite! Il suivra des cours du soir, passera ses nuits à répéter sans arrêt les mêmes gestes pour que les 5 kanjis qu'il a appris dans la journée soient parfaitement tracés dans l'ordre des traits et absolument identiques au modèle. Et cela durera toute sa scolarité. Qu'il finisse prématurément ses études ou qu'il parvienne à décrocher un prestigieux diplôme des l'universités de Keio, Todai ou Waseda, il sera toujours au maximum de ses possibilités, ne prenant que peu ou pas de vacances scolaires... Ses seuls loisirs, le dimanche, il les consacrera à son club sportif avec le même engagement. Cela change de notre système éducatif français.

         

       L'éducation...

         A ce sujet, deux années de suite, pendant les "grandes vacances", notre fille alors en primaire a intégré l'école de premier cycle du quartier de Kyoto dans lequel habitait ma belle mère. C'était mi juin et cette année là elle était restée 6 semaines au Japon. Le dernier jour de juin, lors d'une petite cérémonie, le professeur a remercié ses élèves pour cette année qu'il avaient passé ensemble, pour tout le travail qu'ils avaient accompli  et leur a souhaité de passer de très bonnes vacances... avant de leur dire que le lundi suivant on commencera le cycle des révisions le matin et que l'après midi sera réservé aux activités de plein air! Bien sur, ce n'est pas obligatoire. Au Japon, il y a un mois de vacances en juillet et les enfants sont libres d'en profiter comme bon leur semble. Le lundi, tout les élèves étaient présents... avec notre fille.

 

       Le poids des différences...

       A l'école, toute différence qu'elle soit physique ou comportementale est un handicap et peut entraîner des conséquences catastrophiques. Les enfants sont cruels... même au Japon. Il n'est pas rare d'entendre qu'un enfant est victime de "hijime" de la part de ses "camarades" de classe. Pour un motif généralement futile, une différence seulement perceptible par les autres élèves, le "Hijimeko" sera victime de brimades, de calomnies, parfois de violences par l'ensemble de la classe qui fera bloc contre lui. Seul contre tous! De toute façon, même ceux qui ne partagent pas l'avis général ne peuvent pas l'aider sous peine d'être bannis à leur tour... Ce phénomène peut durer des années, entraînant chez le jeune un rejet total de la société. Certains deviennent "Hikikomori", ne quittant plus leur chambre. D'autres sont parfois poussés au suicide!

     

       La réussite ou le  néant...

       Cette pression exacerbée de la réussite est difficilement imaginable vu de France. Ici, l'échec scolaire n'est pas seulement celui de l'étudiant mais également celui de la famille toute entière qui a concédé d'énormes sacrifices financiers à la réussite de l'enfant. Les conséquences sont parfois dramatiques: la principale cause de mortalité chez les jeunes de moins de 25 ans est le suicide. 

 

       Le culte du diplôme...

       Au Japon, on est diplômé ou on n'est rien! Et parmi les diplômés, la classification se fait en fonction de l'université. La lutte est très dure pour pouvoir entrer dans une université prestigieuse comme Todai, Waseda ou Keio à Tokyo. Seuls les meilleurs y parviennent, ce sont ceux qui ont étudié dans les meilleurs lycées du Japon, qui viennent des meilleurs collèges... qui ont passé le plus de cours du soir à répéter sans cesse le tracé des 5 kanji quotidiens. Le raccourci est vite fait, mais cconnaissant parfaitement cette réalité, notre fille n'ira pas étudier au Japon .

 

       L'aspect social de la vie au Japon.

      "Le japonais est convivial, toujours prêt à rendre service, l'accueil est formidable dans les magasins..." Tous ceux qui ont visité le Japon vous répéteront ces phrases. Elles sont exactes. Le Japon est un pays de services, c'est certain. Mais il ne faut pas confondre cette vision parcellaire et commerciale  avec la réalité des relations sociales. 

      Les japonais qui, en apparence sont si avenants envers les étrangers perdus ne sont pas de grands communicants et ont les pires difficultés à se rencontrer, se parler et tisser des relations sociales en dehors des institutions comme leurs lieux de travail ou les établissements scolaires qu'ils fréquentent.

     Beaucoup de couples se forment au travail... ou par les services d'agences matrimoniales. En dehors, les gens ne se parlent que rarement. C'est d'ailleurs très étonnant de voir les voyageurs d'une rame de métro à Tokyo: c'est le silence complet. Pas un mot n'est échangé dans cette concentration d'individualités. Les japonais sont tellement accrochés à leur entourage professionnel qu'il passent plus de temps au travail qu'à la maison, prolongeant même la journée par des "repas d'affaires" très arrosés entre salaryman. C'est devenu une véritable institution, il est très difficile, voire même impossible d'en  réchapper. Plutôt que de perdre leurs bonnes relations au travail, beaucoup se forcent à y participer. Personnellement, je trouvais cela très sympa... au début. Par la suite, je me suis contenté de me plier à cette règle, sachant que pour moi, elle n'était que temporaire.

 

     Pendant ce temps là...

     Leurs femmes attendent à la maison. Parfois, elles ont préparé le repas, mais le mari ne rentre pas pour dîner... et ne prévient pas, bien sur. Il est l'homme, celui qui assure la prospérité du foyer familial et en tant que digne héritier d'une longue lignée de samouraïs, il agit à sa guise et l'épouse soumise mettra le repas à la poubelle.

       Comme indiqué précédemment, l'épouse était bien souvent une collègue de travail. A ce sujet,  il faut savoir qu'au Japon, la place d'une femme n'est pas dans une entreprise. Bien souvent, elle est plus diplômée que son mari mais n'occupait que des fonctions subalternes en attendant son mariage. Celui-ci est d'ailleurs toujours encouragé par les dirigeants de la société qui ne semblent avoir qu'un seul but: la faire partir. Généralement, cet évènement se produit vers les 28 ans de la jeune femme. Après son mariage, elle démissionnera pour s'occuper à plein temps de sa famille. Les femmes qui choisissent de continuer à travailler le feront dans d'autres sociétés, le plus souvent dans un emploi de service ou administratif.  Mais elles n'occuperont qu'exceptionnellement un poste à responsabilité.

     C'est un peu tout cela qui a conduit mon épouse à s'expatrier en France ou elle a pu continuer à s'épanouir dans le monde du travail.

 

      Le climat en été...

      Personnellement, Tokyo ou Osaka au mois d'août, cela me va. Mais il fait chaud... très chaud même et beaucoup ne le supportent pas. Ces températures élevées et cette humidité oppressante sont un  des aspects qu'il ne faut pas négliger si on veut s'établir ici.   

  

       Le climat en hiver

       Les hivers sont rudes au Japon et si on habite dans une maison ou un appartement ancien, il n'y aura pas ou très peu de chauffage et jamais d'isolation! Le chauffage au "Kotatsu", c'est sympa en ryokan pendant une soirée, mais tous les jours...

 

        Les catastrophes naturelles...

        Je ne m'étendrai pas sur les typhons, les inondations, les tremblements de terre, les tsunami... de toute façon, le Japon, situé dans une zone climatique à haut risque et à la croisée de plaques tectoniques continentales est voué à disparaître à plus ou moins longue échéance. Mais c'est ce qui est écrit depuis la nuit des temps...

 

       Vivre en ville...

       Visiter d'énormes villes comme Tokyo ou Osaka en quelques jours est une expérience absolument passionnante, il y a tellement de choses à y voir... Mais y vivre peut vite devenir déprimant si on est habitués à une vie "à la française". Comparativement, Paris semble être une petite ville de province, Lyon ressemble à un village. La concentration humaine en milieu urbain est telle qu'il est impossible de remonter le flot d'usagers qui empruntent le métro aux heures de pointe. Les rames sont bondées et il est impossible de faire le moindre geste dans cet amas de personnes comprimées dans un espace réduit. Des pervers en profitent pour s'adonner à des attouchement en toute impunité. Ce problème est tellement important que les métros sont maintenant équipés de wagons réservés aux femmes. Aux heures de forte affluence, le plus difficile est souvent de s'extirper de la masse pour descendre à destination...

Faire la queue peut être considéré comme un passe temps ou un sport national: Partout il faut patienter, attendre son tour. Que ce soit au restaurant devant lequel des sièges sont placés pour faire attendre l'affamé le plus agréablement possible, pour visiter n'importe quel lieu touristique, même pour faire une photo devant un monument, il faudra faire la queue. Heureusement que personne ne cherche à resquiller, c'est le point positif.

 

      Les contrastes...

      Le Japon est un pays de contrastes, tout le monde le sait. Mais comment ont-ils fait pour réaliser tant de chef d'oeuvre architecturaux, pour tracer d'aussi beaux jardins dans le passé, pour aujourd'hui construire des villes aussi hideuses au mépris de toute règle d'urbanisme...

 

     Les Japonais sont serviables...

     Oui, c'est vrai que la notion de service est primordiale dans ce pays, on ne le dira jamais assez. Mais cela ne veut pas dire que les japonais sont prêts à devenir ami avec tous les étrangers égaré qu'ils remettent sur le droit chemin, loin de là. Ce pays a été fermé pendant tellement longtemps que les japonais nous regardent avec une forme de racisme non dissimulée. Bien sur, on ne se fait pas insulter dans la rue si on est blanc ou noir, les japonais sont trop polis pour cela. Mais il faut en être conscient, plus de 80% de la population ne veut avoir aucun contact avec les étrangers. Ce racisme est surtout d'origine culturelle. Les japonais se sont toujours considérés comme des êtres supérieurs. La défaite humiliante de la dernière guerre mondiale et la crise économique qui fait  aujourd'hui vaciller leur empire financier leur a prouvé le contraire. Mais autant ils se sentent aujourd'hui en état d'infériorité envers l'occident représenté par les Etats Unis, autant ils s'estiment toujours être supérieurs à leurs voisins asiatiques.

      Pour schématiser, les occidentaux sont considérés comme des être brutaux sales et manquant de savoir vivre, les noirs comme des gangsters venant des Etats-unis, les autres habitants d'Asie comme des hêtres inférieurs culturellement, idéologiquement et économiquement.

       Quand on connait tout cela, il n'est pas difficile d'interpréter certains sourires qui nous sont faits... quand on nous regarde car bien souvent nous n'existons même pas à leurs yeux.

     Le pire étant si on montre que l'on parle leur langue et si on est installé dans un endroit depuis assez de temps pour bien connaître les lieux et les habitudes et pouvoir se débrouiller. C'est à ce moment que le racisme commencera à se monter: on n'est plus un touriste, donc on ne mérite plus aucun égard, mais on ne sera jamais un japonais donc l'intégration demeurera impossible. Il faut en être conscient et pouvoir accepter d'être considéré et regardé avec une sorte de dédain. 

 

     Il n'y a pas un papier par terre...

     Oui, c'est un fait, et le Japon est généralement un pays très propre... et les japonais exportent cette vertu. D'ailleurs, qui n'a pas vu les supporteurs de l'équipe du Japon nettoyer consciencieusement les gradins des stades brésiliens à la fin des matchs de leur équipe lors de la dernière coupe du monde... Mais il y a une explication à cela: le poids de la pression sociale, la peur d'être considéré comme "différent" et taxé de pollueur. Pour s'en convaincre, il suffit d'aller en bord de mer... sur des plages un peu isolées. Là, on peut voir une autre image du Japon: celle d'une poubelle à ciel ouvert alimentée par des jeunes en vadrouille, des fêtards ou même des familles qui ne se permettraient jamais de laisser le moindre détritus en ville. Dans ces zones de non droit, lorsqu'il n'y a plus pas un koban au coin de la rue, le naturel de la nature humaine reprend vite le dessus. Un peu comme un salaryman, aussi exemplaire qu'irréprochable durant sa journée de travail peut dormir ivre mort sur le quai de la gare après avoir raté son dernier train...

 

       L'opacité de la transparence...

       La récente catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi a mis en évidence un des aspects les plus troublants du pays: le manque de transparence de l'information. Lors de ces évènements, tout le monde a fermé les yeux, que ce soit le gouvernement, les médias et la société Tepco, tous ont fait ou tenté de faire croire que tout allait bien, que la situation était maîtrisée et que tout danger était écarté. Si l'opinion publique internationale ne s'était pas emparée de l'affaire, il y a fort à parier que tout aurait été étouffé. Et ce n'est que la partie visible de l'iceberg des mensonges et de la corruption. J'ai souvent vu des dirigeant d'entreprises venir s'excuser publiquement devant les médias pour avoir mené leur société à la faillite après avoir falsifié les comptes de résultat pendant des années. Le plus retentissant exemple est celui du groupe automobile Mitsubishi dont le président Kawasoe avait couvert la dissimulation d'importants défauts de fabrication ayant entraîné 800 000 rappels de véhicules dans le monde et pratiquement mené le groupe à la faillite.

 

        Voila en bref quelques raisons qui font que je vis toujours en France, malgré tout l'intérêt que je porte au Japon. Je préfère rester un touriste, être considéré comme tel avec tous les avantages que cela apporte, quitte à passer pour un benêt dans certaines situations...

 

       De plus le japonais étant pour moi tout sauf une langue facile à apprendre, je ne suis pas prêt de déménager... 

 

       D'autres personnes n'auront peut être pas la même vision que moi et de ce fait n'en tireront pas les mêmes conclusions. Celles que j'ai écrites dans cet article me sont tout à fait personnelles, fruits de mes nombreuses  expériences acquises lors de mes séjours au Japon. 

        Si cela vous inspire des réactions, vos commentaires sont les bienvenus!



29/04/2014
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