En bref
Dix formules suffisent pour un séjour, à condition de savoir quand les sortir. Sumimasen (すみません) fait à lui seul le tiers du travail : appeler quelqu’un, se frayer un passage, s’excuser d’un rien, remercier d’un service. Onegai shimasu (お願いします) accompagne toute demande, kore kudasai (これください) règle une commande en montrant du doigt, daijōbu desu (大丈夫です) refuse poliment un sac plastique — facturé depuis le 1er juillet 2020. Trois erreurs reviennent chez tous les francophones : dire sayōnara à un commerçant, employer anata pour « vous », et lâcher arigatō tout court là où il faut arigatō gozaimasu. La prononciation compte plus que le vocabulaire : cinq voyelles pures, aucun accent tonique, et des consonnes doublées qui changent le sens.
Personne n’attend de toi que tu parles japonais. Avec 42,7 millions de visiteurs étrangers accueillis en 2025 d’après les chiffres de l’office national du tourisme, les gares, les hôtels et les grandes chaînes ont pris l’habitude, et un smartphone règle le reste. Mais quelques phrases de japonais bien employées en voyage changent la nature des échanges : on te répond plus lentement, on te propose des choses, on te corrige en riant. Le reste du kit pratique est ailleurs, dans notre page sur les infos pratiques à connaître une fois sur place ; ici, on ne parle que de ce qui sort de ta bouche.
Le problème des listes qu’on trouve en ligne n’est pas le vocabulaire, il est dans l’usage. Elles alignent des mots justes dans des situations fausses. On y apprend « au revoir = sayōnara », et on le dit au patron d’un izakaya où on reviendra le lendemain, ce qui produit exactement le malaise d’un « adieu » lancé à son boulanger. Cette page prend le problème par l’autre bout : pour chaque formule, quand elle s’emploie, et quand elle ne s’emploie pas.
Une convention avant de commencer : je donne le japonais, une transcription en rōmaji lisible pour un francophone, puis le sens. Le macron sur ō ou ū indique une voyelle tenue deux temps, et ce n’est pas décoratif.
Ce qu’on attend de toi, et ce qu’on n’attend pas
On n’attend pas de politesse élaborée. Le japonais possède plusieurs étages de langue honorifique, le personnel les emploie envers toi, et personne ne te demande de renvoyer la balle. Tenter du keigo appris la veille produit l’effet inverse de celui recherché : ça sonne récité.
Ce qu’on attend, c’est trois choses simples. Un salut adapté au moment de la journée. Une formule de demande plutôt qu’un impératif. Et surtout le geste qui va avec : la main tendue à plat plutôt que l’index pointé, les deux mains pour donner ou recevoir un objet, un léger mouvement du buste. Le reste des codes non verbaux est détaillé dans nos pages sur les coutumes à connaître, du pourboire aux chaussures et sur ce qui se fait et ne se fait pas au quotidien.
Une précision qui évite bien des blocages : on ne t’en voudra jamais de ne pas comprendre. La réponse à « je n’ai pas compris » est presque toujours une répétition plus lente, un geste, ou un stylo. La seule chose qui agace, c’est de rester planté sans rien dire au milieu d’un flux de gens pressés. Pour les moments où dix formules ne suffisent plus — une démarche administrative, une visite d’atelier, une négociation — un accompagnateur francophone change complètement l’échange.
Prononcer sans se ridiculiser : cinq voyelles et deux pièges
Le japonais est facile à prononcer pour un francophone, à quatre détails près. Les cinq voyelles a, i, u, e, o sont pures et toujours identiques : kimono se dit « ki-mo-no », jamais « ki-mo-nô ». Il n’y a pas d’accent tonique, donc pas de syllabe à appuyer — c’est l’erreur numéro un, on entend « ariGAto » au lieu d’une ligne plate.
Premier piège, les voyelles longues. おばさん (obasan, « madame ») et おばあさん (obāsan, « grand-mère ») ne diffèrent que par la durée du a. Même chose pour Kyōto, Ōsaka, Tōkyō, qu’on prononce en tenant la première syllabe.
Deuxième piège, les consonnes doublées. きて (kite, « viens ») et きって (kitte, « timbre ») se distinguent par un blanc d’une durée de syllabe avant le t. On le marque en bloquant une fraction de seconde, comme dans l’italien « fatto ».
- Le u final s’efface souvent : desu se dit « dèss », sumimasen commence par « ssmi ».
- Le r japonais est un battement de langue entre le l et le r roulé : vise le « r » espagnol de pero.
- Le h de hai ou hito se prononce, contrairement au français.
- Le u se dit « ou » : sushi est « sou-chi », pas « su-chi ».
Les dix formules qui couvrent presque tout
すみません (sumimasen) est le mot le plus rentable de la langue. Il sert à héler un serveur, à passer dans un wagon bondé, à s’excuser d’avoir bousculé quelqu’un, et à remercier une personne qui s’est dérangée pour toi. Trois emplois différents, une seule prononciation. Réserve ごめんなさい (gomen nasai) aux excuses véritables ; sumimasen suffit pour tout le reste.
お願いします (onegai shimasu) accompagne toute demande et se traduit mal : c’est un « je vous le confie » qui vaut « s’il vous plaît ». On le dit en tendant sa carte d’embarquement, en commandant, en donnant une adresse au taxi. これください (kore kudasai), « celui-ci, s’il vous plaît », règle 90 % des commandes en montrant la photo du menu ou la vitrine.
- ありがとうございます (arigatō gozaimasu) — merci, pendant qu’on te rend service.
- ありがとうございました (arigatō gozaimashita) — merci, une fois le service terminé, en sortant.
- はい / いいえ (hai / iie) — oui / non, mais hai signifie surtout « je t’écoute ».
- いくらですか (ikura desu ka) — combien ça coûte ?
- トイレはどこですか (toire wa doko desu ka) — où sont les toilettes ?
- 英語のメニューはありますか (eigo no menyū wa arimasu ka) — avez-vous un menu en anglais ?
- 日本語がわかりません (nihongo ga wakarimasen) — je ne comprends pas le japonais.
- 大丈夫です (daijōbu desu) — ça ira, non merci.
Un mot sur daijōbu desu, qui est un piège autant qu’un outil : la formule veut dire « c’est bon » et peut donc valoir oui comme non. Accompagne-la d’un petit geste de la main quand tu refuses, et personne ne se trompera.
Le bon réflexe : un petit manuel de conversation papier reste plus rapide qu’une appli quand tu as les mains prises et du réseau incertain. Compare les guides de conversation japonais, choisis-en un avec les kanji imprimés en gros pour pouvoir les montrer du doigt, et garde-le dans la poche extérieure du sac. Notre sélection de guides et livres pour préparer son voyage détaille les éditions qui tiennent la route.
Au restaurant et au konbini, dans l’ordre où ça se passe
Tu entres : on te lance いらっしゃいませ (irasshaimase), « bienvenue ». Ne réponds pas, c’est une formule d’accueil rituelle, pas une question. Un hochement de tête suffit. On te demandera ensuite le nombre de couverts : réponds 二人です (futari desu) pour deux, 一人です (hitori desu) pour un.
Pour commander, kore kudasai en pointant, ou le nom du plat suivi de onegai shimasu. Avant de manger, いただきます (itadakimasu) se dit à voix basse, pour soi et pour la table ; ce n’est pas « bon appétit » adressé aux autres, c’est un remerciement pour ce qu’on reçoit. En partant, ごちそうさまでした (gochisōsama deshita) au personnel, littéralement « c’était un festin », est la marque de politesse la plus appréciée d’un étranger.
Pour l’addition : dans la plupart des restaurants japonais, on paie à la caisse en sortant, avec le ticket laissé sur la table. Si tu dois la demander, お会計お願いします (o-kaikei onegai shimasu). Évite o-aiso, entendu dans les sushiyas : c’est du jargon de professionnel, employé par le patron, pas par le client.
Au konbini, la caissière débite trois questions rituelles. Un sac ? Depuis le 1er juillet 2020, les sacs plastique sont payants dans tout le commerce japonais, quelques yens pièce, et la question est devenue systématique : réponds 袋は大丈夫です (fukuro wa daijōbu desu) si tu n’en veux pas. Réchauffer le bentō ? Onegai shimasu pour oui. Des baguettes ? Même réponse. Le paiement, lui, ne demande aucun mot : tu poses ta carte ou ton téléphone, et le détail des moyens acceptés est dans notre page sur le cash et la carte au Japon.
Train, taxi, hôtel, pépin : demander sans déclencher un discours
Le risque, quand tu poses une question en japonais, c’est qu’on te réponde en japonais. Formule donc tes questions pour qu’une réponse par oui ou non suffise. Devant un quai : これは京都に行きますか (kore wa Kyōto ni ikimasu ka), « est-ce que celui-ci va à Kyoto ? ». En taxi, montre l’adresse écrite plutôt que de la prononcer, et dis ここまでお願いします (koko made onegai shimasu), « jusqu’ici, s’il vous plaît », en pointant l’écran.
À l’hôtel : 予約しています (yoyaku shite imasu), « j’ai une réservation », suivi de ton nom. Pour laisser les bagages avant l’heure d’arrivée, 荷物を預かってもらえますか (nimotsu o azukatte moraemasu ka). Pour photographier quelqu’un ou un intérieur, 写真を撮ってもいいですか (shashin o totte mo ii desu ka) — la question se pose vraiment, notamment dans les temples et devant les commerçants.
- 助けてください (tasukete kudasai) — aidez-moi.
- 救急車を呼んでください (kyūkyūsha o yonde kudasai) — appelez une ambulance.
- 警察を呼んでください (keisatsu o yonde kudasai) — appelez la police.
- 病院はどこですか (byōin wa doko desu ka) — où est l’hôpital ?
- アレルギーがあります (arerugī ga arimasu) — j’ai une allergie.
Ces cinq-là, apprends-les vraiment, ou garde-les en capture d’écran. Ce qu’il faut faire ensuite, numéros compris, est expliqué dans notre page sur la santé et la sécurité au Japon. Et pour tout ce qui se règle avec un écran plutôt qu’avec la voix, la traduction par appareil photo notamment, va voir les applications utiles sur place — sachant qu’aucune ne fonctionne sans une connexion mobile digne de ce nom, eSIM ou pocket wifi.
Les formules que les listes du web te font employer de travers
さようなら (sayōnara) n’est pas « au revoir ». C’est un adieu, ou au minimum une séparation longue. Les Japonais le disent à l’école, rarement entre adultes. En quittant une boutique, un restaurant ou un ryokan, dis arigatō gozaimashita et rien d’autre ; entre gens qui se reverront, また今度 (mata kondo) ou 失礼します (shitsurei shimasu).
あなた (anata) ne veut pas dire « vous ». Le mot est employé entre conjoints ou avec une nuance de distance froide, et l’adresser à un inconnu est étrange. On emploie le nom de la personne suivi de さん (-san), ou rien du tout : le japonais se passe très bien de pronoms. Corollaire, ne mets jamais -san après ton propre nom.
こんにちは (konnichiwa) n’est pas « bonjour » toute la journée. Avant dix ou onze heures, c’est おはようございます (ohayō gozaimasu) ; après la tombée du jour, こんばんは (konbanwa). Dire konnichiwa à 8 heures du matin à la réception fait le même effet qu’un « bonsoir » au petit-déjeuner.
ありがとう seul est familier. À un commerçant, un chauffeur, un employé de gare, ajoute toujours gozaimasu. Dernier point : どういたしまして (dō itashimashite), enseigné partout comme « de rien », ne s’entend presque jamais dans la vraie vie. On répond par un iie léger, ou par un sourire. Et pour la détaxe en magasin, ne cherche pas de formule : présente ton passeport, le vocabulaire est sur l’écran, comme l’explique notre page sur le shopping et le tax free.
Questions fréquentes
Peut-on voyager au Japon sans parler un mot de japonais ?
Oui, sans difficulté sur les axes touristiques : signalétique bilingue dans les gares, menus illustrés, personnel habitué. La traduction par appareil photo comble le reste. Une dizaine de formules changent malgré tout la qualité des échanges, et deviennent utiles dès que tu quittes Tokyo, Kyoto et Osaka pour des villes moyennes où l’anglais recule vite.
Faut-il dire sayonara en quittant un magasin ?
Non, et c’est l’erreur la plus répandue. Sayōnara marque une séparation durable, presque un adieu, et sonne bizarrement dans un commerce. La formule attendue est arigatō gozaimashita, au passé, parce que le service est terminé. Entre personnes qui se reverront, mata kondo ou shitsurei shimasu font parfaitement l’affaire.
Comment refuser poliment quelque chose en japonais ?
Daijōbu desu, accompagné d’un petit geste de la main. La formule veut dire « c’est bon » et peut se lire comme un oui : le geste lève l’ambiguïté. Pour refuser un sac plastique au konbini, fukuro wa daijōbu desu. Kekkō desu existe aussi mais sonne plus sec, et vaut mieux être réservé aux vendeurs insistants.
Quelle est la différence entre arigatō gozaimasu et arigatō gozaimashita ?
Le temps. Gozaimasu s’emploie pendant que le service se déroule, quand on te tend ta monnaie ou qu’on te renseigne. Gozaimashita, au passé, se dit une fois l’échange terminé, en sortant du magasin ou en descendant du taxi. Arigatō tout court reste familier : garde-le pour des amis, jamais pour un commerçant.
Sources
- NHK World-Japan, « Le japonais en douceur » — leçons audio gratuites avec transcriptions
- JNTO — fréquentation touristique et informations officielles pour les visiteurs
- Nippon.com — les sacs plastique payants au Japon depuis le 1er juillet 2020
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les usages de langue évoluent lentement, mais les tarifs et les services cités, eux, changent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de partir.

