En bref
Le Japon a basculé vers le sans-contact plus vite qu’on ne le croit : konbini, supermarchés, taxis urbains, grands magasins, automates JR et la plupart des hôtels acceptent la carte. Le liquide reste pourtant indispensable ailleurs : petits comptoirs de quartier, entrées de temple autour de 300 à 600 yens, goshuin, consignes à pièces, bus de campagne, marchés et stands de festival. Les distributeurs qui avalent les cartes étrangères sont ceux des 7-Eleven, sous l’enseigne 7-Bank, et ceux de la Japan Post, avec environ 110 à 220 yens de frais côté japonais plus la commission de ta banque. Refuse toujours le débit en euros proposé à l’écran : cette conversion dynamique ajoute une marge de l’ordre de 3 à 6 %. Prévois autour de 5 000 à 10 000 yens de liquide par personne et par jour en ville, nettement plus à la campagne. Une carte IC, Suica ou Icoca, règle les transports et les petits achats, mais elle se recharge en espèces. Et on ne laisse jamais de pourboire : l’argent se pose sur le plateau, jamais dans la main.
La question tombe dans toutes les conversations d’avant-départ, et la réponse a changé deux fois en dix ans. Le paiement au Japon n’a plus rien du parcours tout-liquide de 2010, mais l’archipel n’est pas devenu la Suède : ta carte couvre l’essentiel d’une journée à Tokyo et à peu près rien d’un après-midi de temples à la campagne. La bonne stratégie n’est donc ni l’une ni l’autre, c’est un dosage. Pour le reste de l’intendance, le récapitulatif des réflexes à prendre dès les premiers jours sur place couvre le quotidien ; cette page-ci ne parle que d’argent.
Où la carte passe, et où elle ne passe toujours pas
Commence par la bonne nouvelle. Dans les grandes villes, tu peux enchaîner trois jours sans sortir un billet. Les konbini prennent la carte sans contact pour un onigiri à 150 yens, les supermarchés et les depachika aussi, les taxis de Tokyo, d’Osaka et de Kyoto ont tous un terminal, les automates JR acceptent les cartes étrangères, et les hôtels de chaîne demandent même une empreinte à l’arrivée.
La mauvaise nouvelle tient en une phrase : la frontière ne sépare pas la ville de la campagne, elle sépare les grosses structures des petites. Quatre situations imposent le liquide, y compris en plein Tokyo.
- Les temples et les sanctuaires. L’entrée coûte le plus souvent 300 à 600 yens, réglés en espèces au guichet ; le goshuin, cette calligraphie tamponnée dans un carnet, tourne autour de 300 à 500 yens et on te réclame l’appoint. L’offrande devant l’autel se fait à la pièce de 5 yens.
- Les petits restaurants. Comptoir de six places, patron seul en cuisine, machine à tickets d’occasion qui n’avale que les pièces et les billets de 1 000 yens. Le carton CASH ONLY scotché sur la porte n’est pas décoratif.
- Les bus et les lignes rurales. Hors des grandes agglomérations, tu montes par l’arrière, tu prends un ticket numéroté et tu payes au chauffeur en descendant, en liquide.
- Les consignes, les marchés et les festivals. Les casiers des petites gares fonctionnent encore à la pièce de 100 yens, et les yatai d’un matsuri, 500 à 800 yens la portion, ne connaissent que le billet.
La première fois que j’ai pris le bus 17 pour Ohara, un dimanche de novembre, je n’avais qu’une coupure de 10 000 yens sur moi. La caisse à côté du chauffeur fait la monnaie, mais seulement sur les billets de 1 000 yens. Six personnes ont patienté derrière moi pendant que je raclais mes fonds de sac. Depuis, je garde toujours deux ou trois billets de 1 000 yens pliés à part.
Retirer du liquide : 7-Bank, Japan Post et les autres
Retirer sur place coûte presque toujours moins cher que changer des euros, à condition de viser les bons automates. Beaucoup n’acceptent pas les cartes étrangères : ceux des banques régionales et des caisses shinkin te renvoient un écran d’erreur très poli. Deux réseaux suffisent à couvrir un voyage entier.
Le premier, ce sont les distributeurs 7-Bank, installés dans presque chaque 7-Eleven, soit plus de vingt mille points de retrait. Ils tournent 24 heures sur 24, affichent un menu en anglais et souvent en français, et acceptent Visa, Mastercard, Maestro, American Express, JCB et UnionPay. Le second, ce sont les automates de la Japan Post, dans les bureaux de poste : précieux dans les petites villes sans konbini, mais calés sur les horaires du guichet, en gros de 9 à 17 heures en semaine et rideau tiré le week-end.
Derrière eux viennent les automates Lawson, ceux du réseau E-net dans les FamilyMart et ceux d’AEON dans les centres commerciaux. Retiens surtout la règle inverse : dans un village de la vallée de Kiso, le bureau de poste est parfois le seul point de retrait à trente kilomètres. Deux réflexes avant de partir : un code confidentiel à quatre chiffres, les claviers japonais n’en acceptent pas plus, et un plafond hebdomadaire relevé depuis ton application bancaire, parce que c’est lui qui bloque, pas l’automate.
Frais, taux et le piège de la conversion dynamique
Un retrait au Japon empile trois couches de frais, et la troisième est celle que personne ne regarde. La première, côté japonais, tourne autour de 110 à 220 yens par opération. La deuxième vient de ta banque : souvent 2 à 3 % de commission de change, plus un forfait de quelques euros par retrait, sauf carte en ligne dégroupée.
La troisième, c’est la conversion dynamique. Au moment de valider, l’écran te propose gentiment d’être débité en euros plutôt qu’en yens, avec un montant enfin lisible. Dis non. Ce service applique son propre taux, avec une marge de l’ordre de 3 à 6 %, bien au-dessus de ce que ta banque t’aurait pris. La règle vaut aussi au terminal d’une boutique de Ginza : quand le vendeur te tend l’écran avec deux devises, choisis les yens, toujours. C’est le geste qui rapporte le plus sur un séjour de deux semaines.
Côté matériel, emporte deux cartes de réseaux différents, une Visa et une Mastercard, rangées séparément : une carte se démagnétise, se fait avaler ou se fait bloquer un dimanche soir par un algorithme antifraude. American Express passe dans les grandes enseignes et se fait refuser dans les petites ; JCB, le réseau japonais, est accepté à peu près partout. Retirer 30 000 yens d’un coup revient moins cher que cinq petits retraits. Ces quelques dizaines d’euros grattés sur les frais ne sont qu’une part du sujet : le gros des postes sur lesquels un voyage au Japon se rentabilise se joue sur les transports et l’hébergement.
Combien de liquide prévoir par jour
Pas de chiffre unique, mais des ordres de grandeur qui tiennent bien. Pour une journée urbaine ordinaire, où l’hôtel, les trains et les gros repas passent par la carte, 3 000 à 5 000 yens de liquide suffisent largement. Pour une journée de temples à Kyoto, où tu enchaînes quatre entrées, deux goshuin, un déjeuner de soba au comptoir et un bus municipal autour de 230 yens, monte plutôt vers 8 000 à 10 000 yens.
Trois profils réclament nettement davantage.
- Dormir en ryokan ou en minshuku à la campagne suppose de régler la nuit entière en espèces, soit souvent 15 000 à 25 000 yens par personne avec les deux repas.
- Randonner, du Kumano Kodo aux Alpes japonaises, revient à ne croiser ni terminal ni distributeur pendant deux jours.
- Tomber sur un matsuri vide les poches : les stands ne prennent que du liquide, et les grandes fêtes d’été alignent des rangées entières de yatai où l’on grignote de stand en stand.
À Koya-san, le temple où j’ai dormi n’encaissait qu’en espèces, nuit et repas végétarien compris. Le distributeur le plus proche était celui du bureau de poste, ouvert à 9 heures, et mon car pour Gokurakubashi partait à 8 h 40. Je m’en suis sortie parce que j’avais retiré la veille à Osaka, par pur réflexe. Retire avant de quitter une grande ville, jamais une fois arrivée dans une petite. Pense enfin aux pièces : celle de 500 yens vaut à elle seule autour de trois euros. Vide ton porte-monnaie dans les automates de boissons et les consignes.
Carte IC et paiements par QR, le vrai quotidien
La carte IC est l’objet qui change le plus la vie sur place. Suica et Pasmo à Tokyo, Icoca dans le Kansai, Sugoca à Kyushu : une dizaine de cartes régionales interopérables sur la quasi-totalité des réseaux du pays. Tu la poses sur le lecteur pour franchir un portillon, monter dans un bus, ouvrir une consigne, acheter une canette de café chaud à 160 yens ou payer au konbini. Caution de 500 yens, plafond de rechargement à 20 000 yens.
Le détail qui compte : elle se recharge en espèces, aux bornes des gares et aux caisses des konbini. Une carte IC ne remplace donc pas le liquide, elle le consomme. La version dématérialisée sur iPhone échappe à cette contrainte : elle se recharge depuis une carte bancaire enregistrée dans le téléphone, avec des résultats variables selon le réseau ; sur Android, seuls les modèles vendus au Japon savent le faire. Tout cela suppose du réseau en continu, ce qui ramène au choix de la meilleure façon de rester connecté du premier au dernier jour.
Les paiements par QR sont l’autre vague japonaise. PayPay domine largement, devant Rakuten Pay, au PAY et le d Payment de Docomo, tandis que LINE Pay a fermé ses services de paiement au Japon en 2025. Tu verras leurs autocollants partout, y compris chez des commerçants qui refusent la carte : la commission leur coûte moins cher. Le problème : ces applications réclament en pratique un numéro de téléphone japonais et un compte local. Passe ton chemin, tu ne rates rien.
Mon compromis préféré, rodé sur une dizaine de séjours : une carte IC pour tous les transports et les petits achats, une carte bancaire pour les hôtels, les trains longue distance et les additions au-dessus de 3 000 yens, et un fond de roulement en liquide qui ne descend jamais sous 10 000 yens.
Changer ses euros, et la mécanique du plateau à monnaie
Changer des euros dans une banque française avant de partir est presque toujours le plus mauvais calcul : taux moyen et commission par-dessus. Les comptoirs de Narita et de Haneda pratiquent des taux corrects pour un aéroport, meilleurs que ceux de Roissy, sans jamais rivaliser avec un simple retrait. Emporte quand même 100 à 200 euros en billets au fond du sac, comme roue de secours.
Deux détails sur les billets eux-mêmes. Le pays a émis une nouvelle série en juillet 2024, avec de nouveaux visages sur les coupures de 1 000, 5 000 et 10 000 yens : les vieux automates, machines à tickets et bornes de laverie ne les acceptent pas tous, alors évite de n’avoir que des billets neufs dans une petite gare. Le billet de 2 000 yens existe toujours, mais il est si rare que certaines caisses le regardent de travers.
Vient le geste qui trahit le débutant. Ici, on ne tend pas son argent à bout de bras : un petit plateau attend à côté de la caisse, et c’est là qu’on pose billets, carte ou ticket. La caissière compte à voix haute, rend la monnaie à deux mains, souvent en posant les pièces sur les billets. Le reste des codes qui déroutent au début, du déchaussage au masque en passant par le pourboire, mérite un détour à part.
Le pourboire, justement, n’existe pas. Laisser des pièces sur la table d’un café de Nakameguro te vaudra un serveur qui court derrière toi dans la rue pour te les rendre. Ne confonds pas avec l’otoshi, cette petite entrée imposée à 300 ou 500 yens qui apparaît sur l’addition des izakaya : ce n’est pas un pourboire, c’est le prix de la place assise.
Questions fréquentes
Faut-il encore du liquide au Japon en 2026 ?
Oui, mais moins qu’avant. En ville, la carte couvre hôtels, trains, supermarchés, konbini et taxis. Le liquide reste obligatoire pour les entrées de temple, les goshuin, les petits comptoirs, les bus ruraux, les consignes à pièces et les stands de festival. Prévois environ 5 000 à 10 000 yens par personne et par jour, davantage dès que tu sors des grandes villes.
Quels distributeurs acceptent les cartes bancaires françaises ?
Ceux des 7-Eleven, sous l’enseigne 7-Bank, ouverts 24 heures sur 24 dans plus de vingt mille magasins, et ceux de la Japan Post dans les bureaux de poste, calés sur les horaires du guichet. Les distributeurs des banques régionales, eux, refusent le plus souvent les cartes étrangères. Compte environ 110 à 220 yens de frais côté japonais.
Vaut-il mieux changer ses euros en France ou retirer sur place ?
Retirer sur place, dans la quasi-totalité des cas. Le change en agence française cumule un taux moyen et une commission ; les bureaux des aéroports européens sont pires encore. Les comptoirs de Narita et de Haneda restent corrects sans battre un retrait. Garde simplement 100 à 200 euros en billets au fond du sac, au cas où ta carte serait bloquée.
Peut-on tout payer avec une carte Suica ?
Non, mais elle couvre une grande part du quotidien : métros, trains locaux, bus urbains, consignes, distributeurs de boissons, konbini et beaucoup de chaînes. Son plafond de rechargement est de 20 000 yens et elle se recharge en espèces aux bornes, sauf en version téléphone. Elle ne sert ni pour les nuits d’hôtel, ni pour les Shinkansen longue distance, ni pour les entrées de temple.
Sources
- Japan Guide, fiches pratiques et retours de terrain
- JNTO, office national du tourisme japonais
- France Diplomatie, conseils aux voyageurs pour le Japon
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

