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Culture

Assister à un combat de sumo au Japon

En bref

Six tournois de quinze jours par an, toujours les mois impairs : Tokyo en janvier, mai et septembre au Kokugikan de Ryogoku, Osaka en mars, Nagoya en juillet, Fukuoka en novembre. Les dates exactes changent chaque année et ne sont confirmées que quelques mois avant. Les billets sortent un peu plus d’un mois à l’avance et les meilleures journées partent en quelques minutes. Compte 10 000 à 15 000 yens par personne pour une loge au sol, 3 500 à 10 000 pour un siège avec dossier, environ 2 500 à 3 500 yens pour un billet du jour vendu le matin même, en nombre très limité. La salle ouvre vers 8 heures avec les divisions basses, l’élite entre sur le ring vers 15h40 et le dernier combat tombe vers 17h55. Un combat dure cinq à dix secondes : c’est le rituel autour qui prend le temps.

Voir un combat de sumo au Japon demande deux choses : tomber sur le bon mois, et avoir cliqué au bon moment un mois plus tôt. Le reste est simple, même sans un mot de japonais. Ce que les brochures disent rarement : un combat dure cinq à dix secondes, et tu passeras jusqu’à dix heures dans une salle pour en voir une quarantaine. C’est ce déséquilibre qui fait la journée. Pour situer ce sport parmi les traditions japonaises qu’on peut réellement approcher en voyage, commence par la vue d’ensemble ; cette page-ci s’occupe du concret.

Six tournois de quinze jours, dans quatre villes

Le calendrier ne bouge pas : six honbasho, six tournois officiels de quinze jours, un tous les deux mois, toujours dans les mêmes salles et toujours les mois impairs. Seules les dates précises changent d’une année sur l’autre, et l’Association japonaise de sumo ne les confirme que quelques mois avant : un basho ouvre un dimanche du début du mois et se referme un dimanche, quinze jours plus tard.

  • Janvier, Tokyo, le hatsu basho, au Kokugikan de Ryogoku, environ 11 000 places.
  • Mars, Osaka, le haru basho, à l’EDION Arena de Namba, autour de 7 000 places : la plus petite jauge, donc la plus disputée.
  • Mai, Tokyo, le natsu basho, de nouveau à Ryogoku.
  • Juillet, Nagoya, le nagoya basho, installé depuis 2025 dans une salle neuve et climatisée : appréciable sous 34 degrés.
  • Septembre, Tokyo, l’aki basho, troisième et dernier passage au Kokugikan.
  • Novembre, Fukuoka, le kyushu basho, au Fukuoka Kokusai Center, près du port de Hakata.

Aucun tournoi, donc, en février, avril, juin, août, octobre ni décembre. Si ton séjour tombe un mois pair, il reste le jungyo, la tournée régionale d’une journée qui promène les lutteurs entre deux basho : 4 000 à 8 000 yens le billet, une petite salle, des rikishi qui posent pour des photos. Moins tendu qu’un tournoi, et souvent plus chaleureux. Le sumo reste de toute façon un spectacle plus qu’une pratique : les sports et loisirs que les Japonais pratiquent vraiment penchent nettement du côté du baseball et du golf.

Acheter ses billets : un mois avant, et vite

La mise en vente générale tombe un peu plus d’un mois avant le premier jour, en général un samedi matin à 10 heures, heure de Tokyo. Quatre canaux se partagent le stock : la billetterie officielle de l’Association, en anglais et ouverte aux cartes étrangères, puis Ticket Pia, Lawson Ticket et e+, avec retrait en konbini.

La difficulté a changé de nature. Le sumo est redevenu populaire au Japon et, à Tokyo comme à Osaka, les journées les plus demandées disparaissent en quelques minutes : le premier jour, les deux week-ends, le nakabi du milieu et surtout le senshuraku, le quinzième jour, où se joue le titre. Un mardi ou un mercredi de la première semaine reste trouvable, parfois jusqu’à la veille.

Deux précautions. La revente est interdite par l’Association, une partie des billets est nominative, et les places rachetées quatre fois leur prix sur des sites tiers sont annulées quand elles sont repérées. Ensuite, surveille les remises en vente : j’ai décroché un samedi de Kokugikan à trois jours du tournoi.

Du tatami au dernier rang : les catégories et leurs prix

La salle s’organise en cercles concentriques autour du dohyo, ce ring d’argile de 4,55 mètres, et le prix suit exactement la distance.

  • Tamari-seki, au ras du ring, sur un coussin sans dossier : 15 000 à 20 000 yens, mais l’essentiel part aux sponsors des écuries. Ni boisson, ni photo, et un lutteur de 160 kilos peut te tomber dessus.
  • Masu-seki, les loges au sol : un carré d’environ 1,30 mètre de côté, quatre coussins, chaussures retirées. De 14 000 à 15 000 yens par personne en A, 12 000 à 13 500 en B, 10 000 à 11 500 en C.
  • Sièges avec dossier et numéro, à l’arrière et à l’étage : 8 000 à 10 000 yens en A, 5 000 à 7 000 en B, 3 500 à 5 000 en C.
  • Billets du jour, vendus le matin même : 2 500 à 3 500 yens, tout en haut du deuxième étage.

La loge au sol fait rêver sur les photos. Dans la réalité, quatre adultes européens dans 1,7 mètre carré de tatami, jambes repliées six heures durant, c’est une épreuve : cette natte de paille de riz aux dimensions normées n’a jamais été dessinée pour des jambes qui ne se plient pas. À mon deuxième tournoi, à Osaka, j’ai fini debout au fond de la travée, faute de sentir mes pieds. Mon compromis préféré reste un siège A ou B au premier étage : tu vois tout le dohyo et tu sors quand tu veux.

Les billets du jour méritent leur paragraphe. Le Kokugikan en garde environ 200 par journée, vendus dès 8 heures à un guichet dédié, un par personne, en liquide : si tu viens à trois, il faut être trois dans la file. Un mardi de septembre, je me suis présentée à 6h50 devant l’entrée ouest, quarantième, billet à 2 800 yens en poche à 8h15. Le samedi suivant, à 6h10, ils étaient plus de deux cents et je suis repartie. En semaine, une heure d’avance suffit ; le week-end et les derniers jours, achète en ligne.

Le bon réflexe : les journées de week-end partent en quelques minutes, alors mets une alerte dans ton agenda à la date d’ouverture des ventes pour réserver ta place de tournoi de sumo le matin même plutôt que d’espérer un billet du jour.

Une journée de tournoi, dans l’ordre

Les portes ouvrent vers 8 heures et les premiers combats démarrent autour de 8h40, dans une salle presque vide. Ce sont les divisions basses, jonokuchi et jonidan : des garçons de dix-sept ans sans salaire, qui s’enchaînent toutes les deux minutes. Les sandanme prennent le relais vers 11 heures, les makushita vers 14 heures, et ces combats-là sont les plus violents de la journée : il ne reste qu’une poignée de places à prendre pour devenir sekitori et être enfin payé.

À partir de 14h15, la salle se remplit. Le dohyo-iri des juryo, l’entrée sur le ring, ouvre la partie cérémonielle : les lutteurs montent en tablier brodé, ces kesho-mawashi qui coûtent plusieurs millions de yens, forment un cercle et lèvent les bras. Vers 15h40 arrive celui des makuuchi, l’élite, suivi du yokozuna quand il y en a un en activité : il entre avec sa corde de chanvre blanche d’une quinzaine de kilos, encadré de deux assistants. Ce cérémonial est l’un des derniers en activité au Japon à venir en droite ligne du monde des guerriers, et la question de ce que sont devenus les samouraïs se pose dans les mêmes termes : un métier disparu, des codes qui survivent.

Les combats de l’élite commencent vers 16h10 et le rituel prend alors plus de place que l’action. Chaque lutteur boit l’eau de force que lui tend le vainqueur précédent, jette une poignée de sel sur l’argile, s’accroupit, se relève, recommence ; le Kokugikan écoule environ 40 kilos de sel par jour. La préparation dure jusqu’à quatre minutes chez les makuuchi et s’achève quand les deux hommes posent les poings au sol en même temps, sans signal. Le combat, lui, dure cinq à dix secondes.

L’arbitre en kimono de soie tient son éventail de bois, et cinq juges en noir peuvent monter pour discuter une décision. Avant les grosses affiches, une file de bannières fait le tour du dohyo : chacune coûte 70 000 yens à son sponsor et le vainqueur repart avec 30 000 yens dans une enveloppe. Le dernier combat tombe vers 17h55, suivi du yumitori-shiki, la cérémonie de l’arc. Ne pars pas avant : c’est court, c’est beau, et la salle se vide en huit minutes.

Ce goût du geste réglé, où la préparation compte autant que l’acte, tu le retrouveras dans le déroulé minuté d’une cérémonie du thé. Si tu n’as qu’une demi-journée, arrive à 14 heures : tu prends les juryo, les deux entrées sur le ring et toute l’élite.

Manger dans la salle, et le chanko de Ryogoku

On mange et on boit à sa place, sauf au premier rang, et c’est la norme. Le sous-sol du Kokugikan abrite ses propres cuisines : les yakitori y sont grillés sur place et vendus en boîte autour de 800 à 900 yens, et ils sont réellement bons. Les bento de tournoi vont de 1 000 à 2 000 yens, un bol de soupe chanko se prend en bas pour 300 à 400 yens jusqu’à épuisement, et des vendeurs circulent avec un fût de bière sur le dos, autour de 800 yens le gobelet.

Le chanko-nabe est le plat des écuries : bouillon, chou, tofu, poulet, boulettes de viande, mangé en quantité avec du riz. Rien de gras en soi, c’est le volume qui fait le poids. Autour de la gare de Ryogoku, une dizaine de restaurants tenus par d’anciens lutteurs le servent toute l’année : Tomoegata et Chanko Kirishima sont les valeurs sûres, Kappo Yoshiba occupe une ancienne écurie et a gardé le dohyo au milieu de la salle. Compte 1 500 à 2 500 yens le midi, 4 000 à 6 000 le soir, et réserve les soirs de tournoi.

La gare de Ryogoku est sur la ligne JR Sobu, à deux stations d’Akihabara et à une vingtaine de minutes d’Asakusa en longeant la Sumida ; le Kokugikan est à deux minutes de la sortie ouest, et son musée du sumo est gratuit pour les détenteurs d’un billet. Pour raccorder tout ça au reste de la ville, notre itinéraire par quartiers dans la capitale japonaise donne les enchaînements qui fonctionnent.

Les entraînements du matin en écurie, et leurs règles

L’asageiko, l’entraînement du matin, est le fantasme numéro un des voyageurs. Une chose d’abord : une heya n’est pas une salle de spectacle, c’est un lieu de travail et d’habitation. Les jeunes lutteurs y dorment, y mangent, y travaillent, et la famille du maître vit souvent à l’étage. La séance commence vers 5 heures pour les divisions basses, les sekitori descendent vers 7 heures, tout finit vers 10h30 par le repas puis la sieste.

L’accès est restreint, et il l’est de plus en plus. Il dépend entièrement du maître de l’écurie, beaucoup ont cessé de recevoir des visiteurs individuels, et le chemin réaliste passe par une visite encadrée, montée par un intermédiaire japonais, un hôtel ou une agence, souvent payante, de l’ordre de 5 000 à 15 000 yens par personne. Rien n’est garanti : une écurie peut annuler la veille. Pendant les quinze jours d’un tournoi et les jours qui l’encadrent, presque personne ne reçoit.

Si tu obtiens une place, les règles ne se négocient pas.

  • Silence complet, téléphone coupé, aucune conversation même à voix basse.
  • Assis au sol contre le mur, jambes croisées ou sur les talons, jamais les pieds pointés vers le dohyo.
  • Pas de flash, souvent pas de photo du tout, jamais de vidéo sans accord.
  • Ni boisson ni nourriture, tenue couverte, chaussures retirées, et pas de sortie au milieu de la séance.
  • On n’adresse pas la parole aux lutteurs, et on remercie le maître en partant.

La seule fois où j’ai été acceptée, dans une écurie de la banlieue est de Tokyo, un vendredi de février, il fallait être là à 6h45 et l’intermédiaire prenait 8 000 yens. Deux heures assise contre un mur froid, sans un mot, à regarder le même exercice de poussée recommencé quarante fois. J’en suis ressortie avec une idée du métier que trois journées de tournoi ne m’avaient pas donnée. Méfie-toi en revanche des démonstrations d’anciens lutteurs en restaurant, vendues comme des entraînements à 8 000 ou 11 000 yens : ce n’est pas un entraînement. La même confusion entre lieu de travail et attraction touristique nourrit les idées reçues sur les geisha et les maiko. Ordre de priorité si ton temps est compté : une journée de tournoi d’abord, un chanko le soir ensuite, l’entraînement seulement si l’occasion se présente proprement.

Questions fréquentes

Quand ont lieu les tournois de sumo au Japon ?

Six tournois de quinze jours par an, toujours les mois impairs : janvier, mai et septembre à Tokyo, mars à Osaka, juillet à Nagoya, novembre à Fukuoka. Les dates exactes changent chaque année et ne sont confirmées que quelques mois à l’avance, mais un tournoi ouvre presque toujours un dimanche du début du mois et s’achève un dimanche. En février, avril, juin, août, octobre et décembre, aucun tournoi officiel ne se tient.

Combien coûte une place pour un tournoi de sumo ?

De 2 500 à 20 000 yens selon la catégorie. Les billets du jour, vendus le matin même, tournent autour de 2 500 à 3 500 yens ; les sièges avec dossier vont de 3 500 à 10 000 yens ; les loges au sol, les masu-seki, coûtent 10 000 à 15 000 yens par personne. Le premier rang au bord du ring dépasse 15 000 yens et reste hors de portée.

Peut-on acheter son billet de sumo le jour même ?

Oui, mais en nombre très limité : le Kokugikan de Tokyo met environ 200 billets du jour en vente vers 8 heures, un par personne, en liquide, sans réservation. En semaine, arriver une heure avant le guichet suffit souvent. Le week-end, le premier jour et les trois derniers, la file compte plusieurs centaines de personnes dès 6 heures et tu repartiras les mains vides.

Peut-on assister à un entraînement matinal de sumo ?

Parfois, jamais de droit. Une écurie est un lieu de travail et d’habitation, l’accès dépend du maître, et la plupart ne reçoivent plus de visiteurs individuels : le chemin réaliste passe par une visite encadrée, souvent payante, de l’ordre de 5 000 à 15 000 yens. Sur place : silence complet, tenue couverte, pas de photo sans accord, aucune sortie au milieu de la séance.

Sources

Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs et conditions évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

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