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Culture

Temples et sanctuaires : différences et bonne visite

En bref

Un torii à l’entrée, une paire de chiens-lions et une corde de paille de riz : tu es dans un sanctuaire shinto. Un portail de bois à deux étages, un brûle-encens qui fume, une pagode et un cimetière : c’est un temple bouddhiste. Les deux traditions se croisent depuis plus de mille ans et partagent souvent le même terrain. Les gestes, eux, diffèrent : au temizuya, une seule louche d’eau pour la main gauche, la droite, la bouche puis le manche ; devant un sanctuaire, deux saluts, deux frappes dans les mains, un salut ; devant un temple, les mains jointes en silence, aucun applaudissement. Compte 100 à 200 yens pour un omikuji, 500 à 1 000 pour un omamori et 300 à 500 pour un goshuin. L’entrée d’un sanctuaire est presque toujours gratuite, celle d’un temple tourne autour de 300 à 800 yens, en espèces, et les bureaux ferment souvent dès 16h30.

Tu passes sous le portail, tu ne sais pas trop quoi faire de tes mains, et tu regardes ce que font les autres. Distinguer un temple d’un sanctuaire au Japon demande dix secondes une fois que tu tiens quatre repères, et s’y comporter correctement en demande deux de plus. Personne ne t’en voudra d’une maladresse, mais suivre les gestes change la visite : tu cesses d’être un appareil photo qui passe. Le panorama des usages japonais à connaître pose le cadre général ; cette page-ci s’en tient à ce que tu fais, dans l’ordre, une fois le portail franchi.

Reconnaître un sanctuaire d’un temple en dix secondes

Le premier repère se voit de la rue. Un torii, deux montants surmontés de deux traverses, vermillon vif ou pierre grise, signale toujours un sanctuaire shinto : il marque la limite entre le monde ordinaire et le domaine du kami. Derrière, une paire de komainu, ces chiens-lions de pierre dont l’un a la gueule ouverte et l’autre fermée, remplacés par des renards dans les sanctuaires Inari. Ajoute une corde de paille de riz, le shimenawa, ses papiers pliés en zigzag, et une clochette au bout d’une corde tressée.

Le temple bouddhiste envoie d’autres signaux. Un portail de bois massif, souvent à deux étages, avec deux gardiens grimaçants dans ses niches, les nio. Un grand brûle-encens qui fume devant le hall principal, chose qu’on ne voit jamais dans un sanctuaire. Une pagode à trois ou cinq toits et de petits Jizo de pierre coiffés de bonnets rouges. Enfin un cimetière, stèles de granit serrées, presque toujours accolé au bâtiment.

  • Le torii : il n’existe qu’au sanctuaire, jamais devant l’entrée d’un temple.
  • L’encens et la pagode : bouddhistes sans exception. Si ça fume devant toi, c’est un temple.
  • Le cimetière : les funérailles japonaises sont bouddhistes, les tombes sont donc au temple.
  • Le suffixe du nom : jinja, jingu, taisha et gu côté sanctuaires, ji, dera et in côté temples.

Les deux traditions cohabitent, souvent sur le même terrain

Les opposer serait commode et faux. Pendant plus de mille ans, kami et bouddhas ont été pensés ensemble, et il a fallu le décret de séparation de 1868 pour trancher ce que la pratique n’a jamais séparé. À Asakusa, le sanctuaire Asakusa-jinja se tient à cinquante mètres à droite du hall principal du temple Senso-ji, et la plupart des visiteurs passent devant sans le voir. On se marie au sanctuaire et on enterre au temple ; on prie au premier les trois jours du nouvel an, au second à l’o-bon en août. La page sur la façon dont les deux croyances se sont mêlées creuse le sujet ; retiens ici que tu n’as pas de camp à choisir, seulement des gestes à adapter au lieu. Beaucoup de voyageurs finissent d’ailleurs par bâtir tout un séjour autour de ces lieux de culte, en enchaînant sanctuaires de montagne et chemins de pèlerinage.

Le temizuya : l’enchaînement exact, dans l’ordre

Avant le bassin, il y a le portail. Devant un torii, on s’arrête une seconde et on incline le buste d’une quinzaine de degrés, puis on marche sur le côté de l’allée : le centre, le seichu, est la voie du kami, et les prêtres eux-mêmes s’en écartent. Au portail d’un temple, même salut, avec une règle en plus : le seuil de bois surélevé s’enjambe, il ne se piétine pas.

Le pavillon d’ablutions, temizuya ou chozuya, se trouve juste après l’entrée : un bassin de pierre, un filet d’eau, des louches de bambou posées à l’envers. Tout l’enchaînement se fait avec une seule louche d’eau, et c’est là que la plupart des visiteurs se trompent.

  • Prends la louche de la main droite et puise une seule fois : ce contenu doit suffire aux quatre gestes qui suivent.
  • Verse sur ta main gauche, au-dessus des galets ou du caniveau, jamais au-dessus du bassin.
  • Change la louche de main et verse sur ta main droite.
  • Repasse-la à droite, verse un peu d’eau dans le creux de ta main gauche, porte cette main à ta bouche, rince sans bruit et recrache au sol, à côté du bassin. On ne boit jamais dans la louche.
  • Rince à nouveau ta main gauche, puis redresse la louche à la verticale : le fond d’eau descend le long du manche et le nettoie pour la personne suivante.
  • Repose-la retournée, exactement comme tu l’as trouvée.

Depuis 2020, beaucoup de sites ont retiré les louches et laissent couler un bambou : tu te rinces alors les mains sous le filet, sans rien porter à la bouche. D’autres remplissent le bassin de fleurs, le hanachozu, ce qui signifie qu’il ne sert plus. L’eau n’est potable dans aucun des cas.

Deux saluts, deux frappes, un salut ; au temple, le silence

Au sanctuaire, tu avances vers le haiden, le hall d’oraison, en te décalant du centre. Tu déposes une pièce dans le tronc à offrandes, le saisen-bako, sans la lancer : celle de 5 yens, go-en, se prononce comme le mot qui désigne le lien, ce qui en fait la pièce traditionnelle. S’il y a une corde et une clochette, secoue-la deux ou trois fois. Puis deux saluts, deux frappes, un salut : deux inclinaisons profondes, presque à angle droit, deux claquements de mains à hauteur de poitrine avec la droite un peu plus basse que la gauche, un temps mains jointes pour dire ce que tu as à dire, un dernier salut profond. Izumo-taisha et Usa-jingu font exception et demandent quatre frappes, ce qu’ils annoncent sur un panneau.

Au temple, le même trajet se fait sans un bruit et sans aucun applaudissement. Tu déposes ta pièce, tu inclines la tête une fois, tu joins les mains devant la poitrine en silence, tu salues encore une fois, c’est fini. Certains halls ont un grelot plat au bout d’une corde : tu peux le faire sonner avant, c’est une annonce, pas une frappe. La cloche de bronze du clocher ne se sonne pas, sauf invitation ou pendant les 108 coups du 31 décembre.

Reste l’encens, propre au temple. Un paquet de bâtonnets coûte autour de 100 yens. Tu l’allumes à la flamme commune, tu éteins la flamme d’un mouvement de la main et jamais en soufflant dessus, tu plantes les bâtons dans les cendres, puis tu ramènes la fumée avec la paume vers l’endroit de ton corps qui te préoccupe. Ma bourde de débutante, à Senso-ji, un mardi de novembre vers 9 heures : deux claquements de mains bien nets devant le hall principal, dans un silence complet. La dame à côté de moi a joint les mains sans un mot, et personne ne m’a rien dit, ce qui est pire. Du bruit au sanctuaire, aucun au temple : le mémo tient en une ligne.

Omamori, omikuji, ema et goshuin : ce que tu rapportes

L’omamori est ce petit sachet de brocart fermé par un cordon, entre 500 et 1 000 yens, souvent 800. Tu ne l’ouvres pas : l’ouvrir le vide de sa fonction. Sa durée d’usage est d’un an : on le rapporte ensuite au lieu qui l’a délivré, dans la boîte prévue près du guichet, pour qu’il soit brûlé en janvier. Choisis-le par thème plutôt que par couleur : kotsu-anzen pour la route, en-musubi pour les rencontres, gakugyo-joju pour les examens. Le même principe protecteur circule hors des sanctuaires : les poupées offertes aux nouveau-nés se gardent, elles, pendant des années dans les maisons.

L’omikuji coûte 100 à 200 yens. Tu secoues une boîte de métal jusqu’à ce qu’un bâtonnet numéroté sorte, puis tu ouvres le tiroir du même numéro. L’échelle va du daikichi, la grande chance, au daikyo, la grande malchance. Un mauvais tirage se noue sur le fil prévu à côté, pour laisser la malchance sur place ; un bon tirage se garde dans le portefeuille. Meiji-jingu ne classe rien : ses papiers contiennent des poèmes de l’empereur Meiji et de l’impératrice Shoken, traduits en anglais.

L’ema est la planchette de bois pentagonale accrochée par centaines près du hall, 500 à 1 000 yens. On écrit son vœu au dos, avec son prénom, et on la suspend au râtelier ; le mot signifie cheval en image, parce qu’on offrait autrefois un cheval vivant au sanctuaire. Elles finissent brûlées en fin d’année, comme les omamori.

Le goshuin est ma recommandation ferme, et le meilleur souvenir à rapporter du Japon. C’est une calligraphie à l’encre noire tracée devant toi en une minute, avec un ou plusieurs sceaux vermillon, contre 300 à 500 yens ; le carnet, le goshuincho, coûte 1 500 à 3 000 yens. Ce n’est pas un carnet de tampons mais la trace d’une visite : tu fais tes gestes devant le hall avant de le présenter, ouvert à la bonne page et élastique retiré. À Nikko, je me suis présentée au bureau du Toshogu à 16h10, fermé depuis dix minutes alors que l’enceinte restait ouverte une demi-heure de plus. Depuis, j’y passe en arrivant, pas en repartant. Le sanctuaire se combine sans peine avec le reste de la vallée, où Nikko a de quoi occuper une journée entière, cascades et lac compris.

Photo, chaussures, prix d’entrée et horaires

Dehors, tu photographies presque tout. Dedans, presque rien : dès qu’une statue est installée dans un hall, l’interdiction devient la règle, signalée par un appareil barré sur un panneau. Le Sanjusangendo de Kyoto, ses 1 001 statues de Kannon alignées et ses 600 yens d’entrée, l’applique strictement, comme le hall du dragon du Toshogu de Nikko. Pas de flash, pas de perche, pas de trépied. Deux règles non écrites comptent autant : on ne photographie pas de près une personne en train de prier, et le cimetière d’un temple n’est pas un décor.

Les chaussures se retirent dès que tu montes sur du bois. On te tend un sac plastique et tu emportes tes chaussures avec toi, la sortie étant rarement du même côté que l’entrée. Prends des chaussettes sans trou et des chaussures qui s’ôtent sans les mains, tu répéteras l’opération cinq fois par jour à Kyoto. Cette frontière entre le dehors et le dedans structure une bonne partie du pays, et tu la retrouveras dans les règles à connaître avant ton premier bain public.

Côté budget, l’entrée d’un sanctuaire est presque toujours gratuite, y compris à Fushimi Inari, ouvert jour et nuit, ou à Meiji-jingu, dont seul le jardin intérieur se paie, autour de 500 yens. Les temples facturent : environ 500 yens au Kinkaku-ji et au Kiyomizu-dera, 600 au Sanjusangendo, 800 pour le Daibutsuden du Todai-ji, jusqu’à 1 300 pour l’ensemble du Toshogu. Prévois des pièces, beaucoup de guichets n’ont pas de terminal de carte. Les horaires vont de 9 heures à 17 heures, avec fermeture à 16h30 en hiver et dernière entrée trente minutes plus tôt. Deux exceptions utiles : le hall principal de Senso-ji ouvre dès 6 heures, 6h30 d’octobre à mars, et le Daibutsuden de Todai-ji dès 7h30 en été.

Les erreurs que je vois le plus souvent

Aucune de celles qui suivent ne déclenchera de remarque : on te laissera faire, poliment, et c’est pour ça qu’elles se répètent de voyage en voyage.

  • Marcher au milieu de l’allée sous un torii, alors que le centre est la voie du kami.
  • Boire directement dans la louche du temizuya, ou recracher dans le bassin.
  • Applaudir devant un hall bouddhiste : l’erreur la plus visible, et de loin la plus fréquente.
  • Lancer sa pièce dans le tronc à offrandes comme on vise un panier.
  • Ouvrir un omamori pour regarder ce qu’il y a dedans.
  • Tendre son goshuincho fermé, élastique en place, sans être passé devant le hall.
  • Piétiner le seuil de bois surélevé d’un portail au lieu de l’enjamber.

Faut-il tout pratiquer quand on n’est pas croyante ? Non, personne ne l’attend de toi et l’offrande n’a rien d’obligatoire. La seule chose non négociable, c’est de ne pas gêner ceux qui prient : ne te place pas entre quelqu’un et le hall, ne monopolise pas le bassin. Mon compromis préféré, après vingt ans d’allers-retours : deux sites par jour, pas cinq, avec le premier à l’ouverture. Tu retiendras davantage de deux visites lentes que de la course qui remplit les journées de Kyoto. En novembre, cale-les plutôt en fin d’après-midi : les meilleurs endroits où regarder les érables rougir sont presque tous des enceintes de temple, et l’affluence s’y déplace avec la lumière.

Questions fréquentes

Comment reconnaître un temple d’un sanctuaire au Japon ?

Cherche le torii, ces deux montants surmontés de deux traverses : il n’existe qu’au sanctuaire shinto. Le temple bouddhiste a un brûle-encens qui fume devant son hall, parfois une pagode, presque toujours un cimetière derrière. Le nom tranche aussi : jinja, jingu, taisha et gu désignent des sanctuaires, ji, dera et in des temples, ce qui fait de Senso-ji un temple et de Meiji-jingu un sanctuaire.

Faut-il taper dans ses mains dans un temple bouddhiste ?

Non, jamais. Les deux frappes appartiennent au sanctuaire shinto, dans l’enchaînement deux saluts, deux frappes, un salut. Devant un hall bouddhiste, tu déposes ta pièce, tu inclines la tête, tu joins les mains en silence et tu salues une dernière fois. Le mémo le plus simple : du bruit au sanctuaire, clochette comprise, aucun bruit au temple.

Combien coûtent l’entrée, un omamori et un goshuin ?

L’entrée d’un sanctuaire est presque toujours gratuite ; un temple demande 300 à 800 yens, environ 500 au Kinkaku-ji et 800 pour le grand bouddha du Todai-ji. Compte ensuite 500 à 1 000 yens pour un omamori, 100 à 200 pour un omikuji, 300 à 500 pour un goshuin et 1 500 à 3 000 yens pour le carnet. Prévois des espèces.

Peut-on photographier l’intérieur d’un temple ?

Rarement. Dehors, tu photographies librement ; dès qu’une statue est installée dans un hall, l’interdiction devient la règle et un pictogramme d’appareil barré la signale. Le Sanjusangendo de Kyoto et le hall du dragon de Nikko l’appliquent sans exception. Pas de flash, pas de trépied, pas de perche, et pas de gros plan sur une personne en prière.

Sources

Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

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