En bref
Le Japon se marche entre deux villages, pas en autonomie : les meilleurs itinéraires ont un lit et un bain chaud au bout. Le Kumano Kodo est le plus simple à organiser depuis la France, avec 16 km et 6 heures de Takijiri-oji à Chikatsuyu, ou 7 km et 2 à 3 heures depuis Hosshinmon-oji si tu n’as qu’une matinée. Le Nakasendo de Magome à Tsumago fait 8 kilomètres en 2 à 3 heures, transfert des sacs à 1 000 yens la pièce. Kamikochi n’ouvre que du 17 avril au 15 novembre, voitures interdites. Le Jomon Sugi de Yakushima demande dix heures aller-retour, 2 000 yens de navette et 1 000 yens de contribution. Le Fuji est payant partout, 4 000 yens par personne, réservation obligatoire et portes closes de 14 heures à 3 heures. Pour une demi-journée sans logistique, le Takao à 599 mètres, 50 minutes et 430 yens depuis Shinjuku.
Une randonnée au Japon ne ressemble pas à une sortie dans les Alpes, et c’est la première chose à comprendre. Ici, on marche rarement pour un sommet : on marche d’un village à l’autre, sur des chemins pavés depuis mille ans, avec une auberge, un bain et un dîner servi à 18 heures au bout de l’étape. Le bivouac est marginal et l’idée même de « faire un col » n’a pas la même place dans la culture locale. Si tu construis encore ton programme, le panorama des activités et expériences à vivre au Japon te dira où caser ces journées ; cette page ne parle que de ce qui se marche.
Deuxième chose : l’altitude ne fait pas la difficulté. Ce qui use, c’est l’humidité de juillet, les marches de pierre irrégulières, et des dénivelés qui se prennent d’un coup, les sentiers japonais montant droit au lieu de lacer. J’ai vu des habitués du GR20 finir cuits sur huit kilomètres de Kiso.
Troisième chose, et c’est celle qu’on oublie : presque tous ces itinéraires se terminent dans une eau à 42 degrés. Ces chemins ont été tracés vers des sanctuaires et des sources, et la journée n’est pas finie tant que tu n’es pas allé te baigner dans les sources chaudes du village d’arrivée. Autant l’intégrer au planning dès le départ.
Ce que le mot « randonnée » recouvre au Japon
Quatre familles cohabitent, et on les confond tout le temps. Les chemins de pèlerinage d’abord — Kumano Kodo, Shikoku, chemin de Koya : 15 à 25 kilomètres par jour, une auberge chaque soir, un petit sac parce que les bagages voyagent en camionnette. Les anciennes routes de l’époque d’Edo ensuite, dont le Nakasendo est le morceau vedette : trois heures de marche, des relais de poste conservés, aucune difficulté technique.
La haute montagne forme la troisième famille : Alpes du Nord, Daisetsuzan, Hotaka. Terrain alpin réel, neige jusqu’en juin, refuges à réserver, météo qui bascule vite. Restent les mont-sanctuaires de proximité, Takao, Misen, Kurama, qui se font en chaussures de ville un dimanche. Une cinquième famille existe pour ceux qui courent plutôt qu’ils ne marchent : trois trails qui traversent le pays autrement.
- Pèlerinages : sacs transférés, une semaine sans matériel technique.
- Routes d’Edo : demi-journées, accessibles aux enfants qui marchent.
- Haute montagne : refuges à réserver des mois à l’avance, saison de juillet à septembre.
- Monts urbains : deux à quatre heures, en transports en commun, aucune préparation.
Ne mélange pas ces catégories sans y penser : deux jours de Kumano puis une nuit d’altitude au Yari-ga-take demandent deux sacs différents.
Le Kumano Kodo, l’itinérance la plus simple à organiser
Si tu ne dois marcher qu’une seule fois au Japon, c’est là. Le réseau de chemins des monts Kii, dans la péninsule au sud d’Osaka, est inscrit au patrimoine mondial depuis juillet 2004, l’un des rares itinéraires de marche classés au monde avec le chemin de Compostelle.
La voie fréquentée par les visiteurs étrangers s’appelle le Nakahechi, et elle se découpe proprement. De Takijiri-oji à Chikatsuyu : environ 16 kilomètres, six heures, avec la seule vraie montée sèche dans la première heure. De Chikatsuyu au Kumano Hongu Taisha : environ 24,5 kilomètres et neuf heures, qu’on coupe presque toujours en deux. Et pour qui n’a qu’une demi-journée, la section de Hosshinmon-oji au Hongu Taisha fait 7 kilomètres en deux à trois heures, en descente, avec une arrivée par la forêt qui reste le plus beau moment de l’itinéraire.
L’accès se fait par la gare de Kii-Tanabe, environ deux heures de limited express Kuroshio depuis Shin-Osaka, puis un bus d’une quarantaine de minutes vers le départ du chemin. Les grilles tarifaires des bus changent chaque année : prends-les sur le site du Tanabe City Kumano Tourism Bureau, qui publie les horaires en anglais, plutôt que sur un blog. Au bout, à Oyunohara, le grand torii de béton domine l’ancien lit de la rivière du haut de ses trente-quatre mètres environ.
Détail qui plaît aux marcheurs français : le programme Dual Pilgrim, lancé le 1er février 2015, délivre gratuitement un certificat et un pin’s à qui a fait au moins 100 kilomètres du chemin de Saint-Jacques et l’un des tronçons qualifiants du Kumano Kodo, dont les 38 kilomètres de Takijiri-oji au Hongu Taisha. On s’enregistre au centre d’information de Tanabe. La voie qui monte sur le plateau bouddhiste du Koya-san et ses monastères compte aussi, sur environ 65 kilomètres.
Le Nakasendo de Magome à Tsumago : trois heures, zéro logistique
C’est la marche la plus rentable du pays en rapport effort-souvenir. Huit kilomètres entre deux relais de poste de la vallée de Kiso, deux à trois heures à allure tranquille, un col forestier, des cascades, des cloches à ours tous les cinq cents mètres et deux villages où les câbles électriques ont été enterrés pour restituer le paysage.
Le point qui change tout, c’est le transfert de bagages entre les deux villages : 1 000 yens par pièce, en gros du 20 mars à fin novembre, dépôt entre 8h30 et 11h30, récupération de 13 à 17 heures. Hors saison, une formule à 4 500 yens couvre trois bagages. Tu marches avec une bouteille d’eau, ta valise t’attend.
Mon conseil de sens de marche : de Magome vers Tsumago, parce que Magome est plus haut et que tu finis en descente, et parce que Tsumago est le plus beau des deux au couchant, quand les cars sont repartis. Dormir sur place change tout : le village se vide à 17 heures et tu as les ruelles pour toi. Vers le nord, tu es à une heure de train de Takayama et de la porte d’entrée des Alpes japonaises.
Kamikochi, Yakushima, Asahidake : les trois grandes journées
Kamikochi est un plateau à environ 1 500 mètres, au pied des Hotaka, et la seule haute montagne japonaise accessible en tongs : la promenade du pont Kappabashi à l’étang Myojin prend une heure sur un sentier plat, l’entrée de l’étang coûte 500 yens, et l’Okuhotaka culmine à 3 190 mètres juste au-dessus. La vallée n’ouvre que du 17 avril au 15 novembre, les voitures particulières y sont interdites, et on arrive en bus : environ 1 500 yens depuis Hirayu Onsen, 4 600 à 5 000 yens depuis Matsumoto, ville qui mérite elle-même une journée pour ses quatre plus beaux endroits avant ou après la vallée. Arrive avant 8 heures : entre 10 et 15 heures, le pont Kappabashi est un quai de gare.
Yakushima, au sud de Kyushu, se marche pour un arbre. Le Jomon Sugi est un cèdre d’environ 25 mètres, cinq mètres de diamètre, dont l’âge est estimé entre 2 000 et 7 200 ans selon les méthodes de datation — la fourchette dit tout de l’incertitude. Il se mérite : une dizaine d’heures aller-retour depuis le départ d’Arakawa, dont deux heures sur une ancienne voie ferrée forestière plate avant que ça ne devienne raide. En saison, les voitures ne montent pas au sentier : navette obligatoire depuis le musée du Yakusugi, 2 000 yens aller-retour, 40 minutes de route, départs entre 5 et 6 heures. Ajoute la contribution à la conservation de la forêt, 1 000 yens à la journée, 2 000 avec une nuit en refuge. La variante par Shiratani Unsuikyo dure douze heures.
L’Asahidake, 2 291 mètres, est le point culminant d’Hokkaido et le sommet le plus accessible du Daisetsuzan. Le téléphérique dépose à 1 600 mètres pour 2 900 yens aller-retour ; de là, la boucle des étangs de Sugatami se fait en une heure sur caillebotis, et le sommet demande environ six kilomètres et quatre heures pour 660 mètres de dénivelé, sur un cône de cendres balayé par le vent : c’est l’un des volcans japonais qui se montent le plus facilement. C’est le premier endroit du Japon où l’automne arrive, dès la mi-septembre. Le reste du massif est le royaume des ours bruns : on n’y part pas seul.
Le Fuji, le Takao et le mont Misen : ce qui se fait depuis une ville
Commençons par ce qui a changé. Le mont Fuji est désormais payant sur ses quatre voies : 4 000 yens par personne, réservation en ligne, saison 2026 ouverte du 1er juillet au 10 septembre côté Yoshida et Subashiri, à partir du 10 juillet côté Fujinomiya et Gotemba. Les portes ferment de 14 heures à 3 heures du matin, sauf réservation en refuge, et la voie Yoshida est plafonnée à 4 000 marcheurs par jour. La montée depuis la cinquième station Yoshida, à 2 300 mètres, prend cinq à sept heures. Ce n’est pas une randonnée, c’est une nuit blanche en file indienne dans un couloir de scories : lis comment préparer l’ascension du Mont Fuji avant de réserver quoi que ce soit.
Le mont Takao, à l’ouest de Tokyo, est l’inverse exact : 599 mètres, 50 minutes et 430 yens depuis Shinjuku par le limited express Keio, et un sommet qu’on atteint en 90 minutes par le sentier n°1 — moitié moins avec la télécabine, 490 yens l’aller et 950 l’aller-retour, sur une pente qui atteint 31 degrés, la plus raide du Japon. Vas-y en semaine, hors novembre, et monte par le sentier n°6, qui remonte un ruisseau, plutôt que par le n°1 bétonné : en plein été, c’est l’une des façons les plus rapides d’échapper quelques heures à la chaleur de Tokyo.
Le mont Misen, 535 mètres, domine Miyajima. Trois sentiers montent du village, Momijidani, Daisho-in et Omoto, en une heure et demie à deux heures ; le Daisho-in offre les meilleures vues et la pente la plus douce. Le téléphérique coûte 1 010 yens l’aller et 1 840 yens l’aller-retour, et laisse encore une trentaine de minutes de marche jusqu’au sommet, ce que beaucoup découvrent en sandales. À Kyoto même, la traversée de Kurama à Kibune prend une heure et demie : Eizan depuis Demachiyanagi, 470 yens et 30 minutes, 500 yens d’entrée au Kurama-dera payés au départ du sentier.
Saison, ours et matériel : ce qui gâche vraiment une marche au Japon
La saison d’abord. De mi-juin à mi-juillet, la saison des pluies noie le Kansai et le Kyushu ; en août, l’humidité rend une marche de six heures franchement pénible sous 1 500 mètres. Les deux vraies fenêtres sont fin avril-mai et octobre-début novembre. La haute montagne, elle, n’est praticable que de juillet à septembre.
Les ours ensuite, et ce n’est pas une plaisanterie. Le ministère français des Affaires étrangères signale des attaques chaque année et recommande le port d’une clochette en randonnée. Les cloches fixes des sentiers de Kiso sont là pour ça : on les frappe en passant, on parle fort, on évite le crépuscule, on ne laisse aucune nourriture dehors.
- Chaussures montantes : les marches de pierre humides tordent les chevilles bien plus que la terre.
- Une clochette, quelques centaines de yens dans n’importe quel magasin de sport japonais.
- De l’eau : les distributeurs s’arrêtent au dernier village, pas au premier col.
- Du liquide, refuges et auberges de montagne refusant souvent la carte.
Reste le calendrier. La marche d’hiver existe, en raquettes dans le Tohoku ou à Hokkaido, mais elle relève d’un autre équipement et se combine plutôt avec un séjour neige, entre les stations de ski japonaises et les illuminations d’hiver des villes. À l’inverse, si l’été te bloque en plaine, le sud tropical prend le relais dans l’eau avec la plongée et le snorkeling à Okinawa. Et si ceux qui t’accompagnent ne marchent pas, ces journées se troquent sans casser l’itinéraire contre une journée dans les parcs à thème de Tokyo ou d’Osaka, puisque tout se joue sur les mêmes axes ferroviaires.
Questions fréquentes
Quelle randonnée choisir au Japon quand on n’a jamais marché plusieurs jours ?
Le Kumano Kodo, section Nakahechi. Tu dors en auberge chaque soir, tes bagages voyagent par camionnette, les étapes se coupent en bus si la fatigue arrive, et le balisage est bilingue. La demi-journée de Hosshinmon-oji au Hongu Taisha, 7 kilomètres en deux à trois heures et surtout en descente, permet même de goûter au chemin sans engager une semaine.
Combien coûte l’ascension du mont Fuji en 2026 ?
Compte 4 000 yens par personne de droit d’accès, désormais appliqué sur les quatre voies, avec réservation en ligne obligatoire. Ajoute 13 000 à 15 000 yens pour une nuit en refuge avec repas, plus le transport jusqu’à la cinquième station. La saison 2026 court du 1er juillet au 10 septembre côté Yoshida et Subashiri, à partir du 10 juillet côté Fujinomiya et Gotemba.
Peut-on randonner au Japon sans porter son sac ?
Oui, et c’est la norme sur les itinéraires balisés. Entre Magome et Tsumago, le transfert coûte 1 000 yens la pièce avec dépôt avant 11h30 et récupération à partir de 13 heures. Sur le Kumano Kodo, les auberges organisent le transport des bagages d’étape en étape. Ailleurs, les consignes de gare et le service de livraison de bagages entre hôtels règlent le problème.
Y a-t-il un risque d’ours sur les sentiers japonais ?
Le risque existe dans le Tohoku, à Hokkaido et dans les Alpes, et les autorités françaises signalent des attaques chaque année en recommandant le port d’une clochette. Les gestes utiles : faire du bruit, frapper les cloches fixes disposées sur les sentiers, éviter l’aube et le crépuscule, ne rien laisser qui sente la nourriture. Sur les monts urbains comme le Takao, la question ne se pose pas.
Sources
- Tanabe City Kumano Tourism Bureau — distances, horaires de bus et étapes du Nakahechi
- Japan-guide — ascension du mont Fuji, tarifs, quotas et dates de saison
- JNTO, office national du tourisme japonais — parcs nationaux et accès
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires de bus et dates d’ouverture des sentiers évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de partir marcher.

