En bref
Le train à grande vitesse japonais se prend sans stress dès qu’on a compris trois choses. La géographie : la Tokaido descend de Tokyo vers Kyoto et Osaka en 2 h 15 à 2 h 21, la Sanyo prolonge sur Hiroshima (près de 4 h) et Fukuoka (5 h passées), la Tohoku et la Hokkaido montent à Sendai en 1 h 30 et jusqu’à Shin-Hakodate-Hokuto en 4 h, la Hokuriku atteint Kanazawa en 2 h 30, la Kyushu relie Hakata à Kagoshima en 1 h 20. Le billet : deux titres, un billet de base et un supplément grande vitesse, à glisser ensemble dans le portique. La place : non réservée, réservée pour quelques centaines de yens, ou Green en 2+2. Et un piège : sur la Tokaido, la Sanyo et la Kyushu, un bagage de plus de 160 cm (trois dimensions additionnées) impose de réserver, gratuitement, un siège de dernier rang. Sinon, 1 000 yens au contrôleur.
Monter dans un shinkansen pour la première fois, c’est surtout la peur de se tromper : de train, de voiture, de quai ou de titre de transport. En pratique, le train à grande vitesse japonais est le mode de déplacement le plus lisible du pays, une fois connues cinq ou six règles que personne n’explique. Pour le situer face au bus et à l’avion, garde le panorama des transports au Japon sous le coude. Ici, on entre dans la rame.
Les grandes lignes et les temps de trajet réels
Le réseau ne rayonne pas depuis une gare unique : une branche part de Tokyo vers le sud-ouest, une autre remonte vers le nord. Voici les temps du train le plus rapide de chaque ligne.
- Tokaido, de Tokyo à Shin-Osaka par Nagoya et Kyoto : 2 h 15 jusqu’à Kyoto, 2 h 21 jusqu’à Osaka, autour de 14 200 à 14 700 yens.
- Sanyo, qui prend le relais à Shin-Osaka : Tokyo-Hiroshima en un peu moins de 4 h pour près de 20 000 yens, Tokyo-Hakata (Fukuoka) en 5 h passées.
- Tohoku et son prolongement Hokkaido : Sendai en 1 h 30 pour environ 11 400 yens, Shin-Hakodate-Hokuto en 4 h pour 23 400 yens. Sapporo n’est pas encore raccordée. À Shin-Aomori, on bascule sur le bus pour rejoindre l’hôtel posé au bord du torrent d’Oirase.
- Hokuriku : Tokyo-Kanazawa en 2 h 30 pour environ 14 400 yens, avec l’extension vers Tsuruga ouverte en 2024.
- Kyushu : Hakata-Kagoshima-Chuo en 1 h 20 pour environ 10 600 yens.
Sous quatre heures, le train bat l’avion porte à porte : il te dépose en plein centre, sans enregistrement. C’est ce qui met la plupart des villes japonaises qui valent un arrêt à portée d’une journée depuis Tokyo ou Osaka.
Nozomi, Hikari, Kodama : la hiérarchie qui change tout
Sur la Tokaido et la Sanyo, trois catégories roulent sur les mêmes rails à la même vitesse de pointe. Seul le nombre d’arrêts les sépare. Le Nozomi ne dessert que les grandes gares et fait Tokyo-Shin-Osaka en 2 h 21. Le Hikari en saute une partie et met environ 3 h. Le Kodama s’arrête partout, demande près de 4 h et se range sur une voie d’évitement pour laisser filer les autres.
L’écart de prix, lui, est minuscule : quelques centaines de yens séparent un Nozomi d’un Hikari, pour une heure et demie gagnée. C’est l’un des meilleurs achats du pays. Le Kodama garde deux atouts : des voitures vides en journée et des formules vendues à l’avance, parfois sous 11 000 yens sur Tokyo-Osaka. Ailleurs, même logique sous d’autres noms : Hayabusa au nord, Kagayaki sur la Hokuriku, Mizuho et Sakura vers Kyushu. Ces deux derniers, comme le Nozomi, n’acceptent le pass national que moyennant supplément : vérifie donc d’abord si le JR Pass reste rentable sur ton itinéraire.
Acheter son billet : guichet, automate ou téléphone
Un détail explique la moitié des blocages aux portiques : un billet de shinkansen n’est pas un billet, mais deux. Le premier couvre la distance, le second paie l’accès au train rapide et la place. On te tend donc deux cartons, à insérer ensemble, superposés, dans la fente. Ma première fois à Kyoto, j’en ai glissé un seul et je suis restée plantée devant la barrière, la file derrière moi.
Quatre façons d’acheter, par confort décroissant.
- En ligne, depuis chez toi : Smart EX couvre la Tokaido, la Sanyo et la Kyushu, accepte les cartes étrangères et associe une carte IC pour franchir les portiques sans papier ; Eki-Net fait pareil au nord.
- À l’automate en gare, dont l’interface bascule en anglais dès le premier écran : gare d’arrivée, horaire, voiture, paiement par carte.
- Au guichet, à l’enseigne verte : le seul endroit où l’on t’aide vraiment sur un itinéraire compliqué, et celui où l’on fait la queue un vendredi soir.
- Dans les applications d’itinéraire, qui ne vendent rien mais donnent l’horaire, le quai et le numéro de voiture.
Réserve la veille plutôt que le matin même : au Nouvel An, à la Golden Week et à Obon, des trains entiers partent en tout-réservé un mois à l’avance.
Non réservée, réservée, Green : quelle voiture choisir
Les voitures non réservées occupent la tête du train, les trois premières d’un Nozomi, jusqu’à cinq sur un Hikari : tu montes dans le train que tu veux et prends la place que tu trouves. Parfait un mardi à 11 h, nettement moins à 18 h à Shin-Osaka, où j’ai déjà fait le trajet debout. La réservée coûte quelques centaines de yens de plus selon la saison et fixe ton siège à l’horaire près : au-delà d’une heure de trajet, ça ne se discute pas.
La Green, équivalent de la première classe, s’organise en 2+2 au lieu de 3+2 et coûte un tiers à moitié plus cher : sur deux heures, elle se justifie surtout en pleine pointe. En classe ordinaire, les rangées comptent trois sièges d’un côté (A, B, C) et deux de l’autre (D, E) : choisis un D, tu n’auras qu’un voisin.
Reste la règle des grosses valises. Sur la Tokaido, la Sanyo et la Kyushu, un bagage dont les trois dimensions additionnées dépassent 160 cm oblige à réserver un siège de dernier rang, derrière lequel se loge l’espace bagages. C’est gratuit, au guichet, à l’automate ou en ligne, mais obligatoire : sinon le contrôleur encaisse 1 000 yens et te fait déplacer ta valise. Au-delà de 250 cm, le bagage est refusé. Une valise cabine passe partout, une grande valise de soute frôle le seuil.
Sur le quai : marquage, portes et nettoyage express
Le quai est le moment où tout se joue, et le plus rassurant. Le sol y est peint : des repères donnent le numéro de chaque voiture et l’endroit exact où s’ouvriront les portes, avec des lignes de file de part et d’autre. Tu lis ton numéro sur le billet, tu marches jusqu’au marquage, tu te ranges. Quand la rame entre, les portes s’arrêtent au centimètre sur les marques.
Aux gares intermédiaires, l’arrêt dure une à deux minutes : il faut être debout, valise en main, avant l’entrée en gare. Au terminus, une équipe monte dès la descente des voyageurs et remet la rame à neuf en sept minutes, en faisant pivoter tous les sièges dans le sens de la marche.
Côté rangement, sac et valise cabine vont dans le porte-bagages au-dessus des sièges, plus profond qu’il n’en a l’air ; une valise moyenne se cale debout derrière le dernier rang. Évite juste d’encombrer l’allée centrale, réservée au chariot de vente.
Manger à bord, voir le Fuji et la question des retards
Le shinkansen est l’un des rares trains japonais où manger est non seulement toléré, mais attendu. C’est le domaine de l’ekiben, la boîte-repas vendue entre 1 000 et 1 800 yens avant les portiques et sur le quai, avec une spécialité par région. Sur la Hokuriku, les boîtes reprennent les produits de la mer qui font la cuisine de Kanazawa. Achète avant de monter, la vente ambulante s’est raréfiée. Dans le métro, à l’inverse, on ne mange pas.
Vient la question du Mont Fuji. En descendant de Tokyo vers Kyoto ou Osaka, il apparaît à droite du sens de la marche, côté sièges D et E, une quarantaine de minutes après le départ, vers Shin-Fuji ; dans l’autre sens, c’est à gauche. Je réserve systématiquement un E pour la fenêtre pleine, mais ne compte pas dessus en été : la brume l’efface une fois sur deux.
La ponctualité, enfin, est mesurée : le retard moyen se compte en dizaines de secondes sur l’année, intempéries comprises. Quand un typhon s’en mêle, le trafic s’interrompt franchement plutôt que de dériver. Et au-delà de deux heures de retard, le supplément grande vitesse est remboursé au guichet, le billet de base restant dû. Une fois descendu, prévois quinze minutes de marge avant ta correspondance : dans ces gares, on se repère aux codes de ligne, gymnastique détaillée dans le mode d’emploi du métro de Tokyo et de ses lignes.
Questions fréquentes
Faut-il réserver sa place ou peut-on monter à la dernière minute ?
Les deux marchent. Les voitures non réservées, en tête de train, se prennent sans rien préparer : tu montes dans le premier départ et tu t’assois où il reste de la place. C’est confortable en journée, risqué en fin d’après-midi, impossible à la Golden Week ou à Obon. Au-delà d’une heure de trajet, réserve.
Peut-on emporter une grande valise dans le shinkansen ?
Oui, avec une formalité sur les lignes Tokaido, Sanyo et Kyushu. Si les trois dimensions additionnées dépassent 160 cm, il faut réserver un siège de dernier rang, gratuitement, au guichet, à l’automate ou en ligne. Sans cette réservation, le contrôleur facture 1 000 yens à bord, et au-delà de 250 cm le bagage est refusé.
De quel côté s’asseoir pour voir le Mont Fuji depuis le train ?
À droite dans le sens de la marche quand tu descends de Tokyo vers Kyoto ou Osaka, soit les sièges D et E ; dans le sens inverse, place-toi à gauche. La montagne se découvre une quarantaine de minutes après le départ, vers Shin-Fuji. Les matinées dégagées d’hiver donnent la meilleure vue.
Pourquoi mon billet est-il composé de deux tickets ?
Parce que le tarif japonais sépare la distance, payée par le billet de base, et l’accès au train rapide avec la place, payé par le supplément grande vitesse. On te remet donc deux cartons, parfois trois en Green. Insère-les ensemble, superposés, dans le portique et garde-les jusqu’à la sortie : la machine les réclame à l’arrivée.
Sources
- JNTO, office national du tourisme japonais
- JR Central, exploitant de la ligne Tokaido
- Japan Guide, dossier shinkansen
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

