En bref
Il n’existe pas de guichet unique en ligne : chaque compagnie JR vend ses propres trains, smartEX pour le Tokaido, le Sanyo et le Kyushu, Ekinet pour le Tohoku et tout le nord, e5489 pour le Kansai et l’ouest. Les ventes ouvrent un mois avant le départ, jour pour jour, à 10 heures du matin heure japonaise, soit 3 heures du matin en France en été. Le billet se retire ensuite aux bornes vertes de la compagnie qui l’a émis, avec la carte bancaire de la réservation, ou reste dématérialisé sur une carte Suica. Le siège réservé coûte environ 850 yens de plus que le non-réservé sur Tokyo-Shin-Osaka, et les Hayabusa, Komachi et Kagayaki n’ont aucune voiture libre. Une valise de plus de 160 centimètres cumulés impose une place à espace bagages, sinon 1 000 yens à bord. En dehors de la Golden Week, d’Obon et du Nouvel An, réserver trois semaines à l’avance ne sert à rien.
Réserver un train au Japon depuis la France est possible, gratuit dans la plupart des cas, et bien moins universel qu’on ne l’imagine : aucun site ne vend l’ensemble du réseau. Six compagnies JR se partagent l’archipel, chacune avec sa plateforme, son périmètre et ses règles de retrait, et un billet acheté sur la mauvaise n’existe pas pour la borne d’en face. Pour le contexte, le panorama de comment on circule vraiment d’une région à l’autre pose le décor. Ici, on ouvre les sites et on clique.
Une plateforme par compagnie, pas de guichet unique
Le réseau national a été découpé en six sociétés régionales à la privatisation de 1987, chacune avec sa billetterie. Aucune ne vend vraiment le réseau des autres. Le premier réflexe n’est donc pas d’ouvrir un site, c’est de regarder qui exploite ta ligne.
- smartEX : Tokaido, Sanyo et Kyushu Shinkansen, soit l’axe Tokyo, Nagoya, Kyoto, Osaka, Hiroshima, Hakata, Kagoshima-Chuo. Inscription gratuite, interface anglaise, cartes étrangères acceptées.
- JR-EAST Train Reservation, la version anglophone d’Ekinet : Shinkansen Tohoku, Hokkaido, Joetsu et Hokuriku, plus les limited express du Kanto, du Narita Express à l’Odoriko.
- e5489, côté JR West : Sanyo et Hokuriku à l’ouest, Thunderbird vers Kanazawa, Haruka depuis l’aéroport du Kansai, Kuroshio vers Shirahama.
- JR Kyushu Train Reservation : toute l’île de Kyushu, le Kamome vers Nagasaki, les limited express vers Yufuin et Beppu.
Les zones se recouvrent, et c’est là que ça se complique. Un Osaka-Hiroshima se réserve aussi bien sur smartEX que sur e5489, avec des promotions qui diffèrent de plusieurs milliers de yens. Un Tokyo-Kanazawa relève d’Ekinet à l’est et d’e5489 à l’ouest, pour le même train. Les compagnies privées, Kintetsu, Odakyu ou le Skyliner de Keisei, ont chacune leur propre site.
Mon erreur de débutante : réserver un Tokyo-Shin-Aomori sur Ekinet, puis vouloir retirer les billets la veille à Shin-Osaka. La borne cherche, ne trouve rien, et le guichet t’explique poliment qu’une réservation JR East ne s’imprime pas dans une gare JR West.
Les ventes ouvrent un mois avant, jour pour jour, à 10 heures
La règle vaut sur tout le réseau JR : un train est mis en vente exactement un mois avant son départ, à 10 heures du matin, heure japonaise. Pour un Kyoto-Kanazawa du 12 avril, la vente ouvre le 12 mars à 10 heures, soit 3 heures du matin en France en été, 2 heures en hiver. Si la date n’existe pas le mois précédent, un 31 mai quand avril s’arrête au 30, la vente ouvre le 1er du mois.
Tu ne peux donc rien bloquer six mois à l’avance comme un vol ou un hôtel : ton train n’existe pas encore. Pour les rares trains tendus, il faut être devant l’écran à l’ouverture. Le Sunrise Izumo et le Sunrise Seto, seuls trains de nuit encore en service, en sont l’exemple : un départ par nuit depuis Tokyo, quelques cabines individuelles, et les Solo partent en moins de cinq minutes. Les places allongées Nobinobi, autour de 15 500 yens jusqu’à Izumoshi, tiennent plus longtemps. Au terminus, la région d’Izumo se prolonge volontiers d’une nuit dans le ryokan KAI Izumo et ses bains chauds.
Deux plateformes adoucissent la règle. Ekinet accepte une pré-réservation dès un mois et une semaine avant : tu déposes ta demande, elle est traitée à l’ouverture, sans réveil à 3 heures. smartEX propose des tarifs anticipés, les EX Hayatoku, sur un quota limité : quelques milliers de yens de moins sur un Tokyo-Hiroshima, mais plus aucune modification ensuite.
Retirer ses billets : bornes vertes, guichets ou rien du tout
Réserver ne suffit pas, il faut matérialiser. Trois chemins. La borne d’abord : dans les gares moyennes et grandes, les machines vertes à écran tactile impriment les réservations : bouton English, numéro de dossier, puis la carte bancaire qui a servi au paiement, celle-là et pas une autre. Compte deux à quatre minutes. Ces machines tournent de 5h30 à 23 heures. Là encore, une borne ne délivre que les billets de sa compagnie.
Le guichet ensuite, le midori no madoguchi au logo vert. Il traite tout ce que la borne refuse, mais il se raréfie : JR East a fermé plus de la moitié des siens depuis 2019, avant de suspendre son plan en 2024 face à l’allongement des files. À Shinjuku un dimanche de novembre, compte trente à quarante minutes de queue, quand la machine d’à côté règle la même demande en quatre.
Le troisième chemin consiste à ne rien retirer. smartEX associe ta réservation à une carte Suica, ICOCA ou PASMO : tu franchis le portique avec, sans papier, et l’écran affiche ta voiture et ta place. Attention à la subtilité qui fait rater des trains : un billet papier de Shinkansen compte deux coupons, titre de parcours et billet de siège, à insérer ensemble dans le portique. Si tu voyages avec un pass, le calcul de rentabilité du pass national se traite ailleurs ; les réservations de siège y sont gratuites et illimitées, mais passent par les guichets, les bornes ou le site du pass, jamais par smartEX.
Le bon réflexe : si tes dates sont calées, tu peux réserver tes billets de Shinkansen à l’avance depuis la France et n’avoir plus qu’à les retirer à la borne, sans la file du guichet un dimanche soir.
Siège réservé ou non réservé : ce que ça change
Sur la plupart des trains longue distance, tu choisis entre une place garantie, le shitei-seki, et les voitures libres, le jiyu-seki. L’écart est plus faible qu’on ne croit : sur Tokyo-Shin-Osaka, 13 870 yens en non-réservé contre 14 720 en réservé, soit environ 850 yens. Ce supplément bouge de 200 yens selon la saison, 400 pendant les trois pics annuels : pour un couple qui fait quatre trajets, l’économie plafonne autour de 7 000 yens.
Un Nozomi laisse libres les voitures 1 à 3, un Hikari les voitures 1 à 5, un Kodama davantage, et hors pointe on trouve toujours à s’asseoir. Aux heures de bureau et le dimanche soir, la file se forme sur le quai dix à quinze minutes avant, et les retardataires font deux heures et demie debout entre les portes. Depuis 2023, les Nozomi circulent d’ailleurs entièrement réservés pendant la Golden Week, Obon et le Nouvel An : ces jours-là, la voiture libre n’existe pas.
Restent les trains sans choix. Le Hayabusa et le Komachi vers le Tohoku et Hokkaido, le Kagayaki sur le Hokuriku, le Saphir Odoriko vers Izu, le Narita Express : aucune voiture libre, monter sans réservation n’est pas une option. Si l’affichage indique complet, le guichet peut te vendre un billet debout au prix du siège réservé : le droit de monter, pas de s’asseoir. Mon compromis préféré : non réservé sur les Kodama et les Hikari en semaine, réservé dès que je voyage accompagnée, avec une valise, ou après 17 heures.
Grosses valises, place côté Fuji et trains panoramiques
Depuis mai 2020, les Shinkansen Tokaido, Sanyo et Kyushu appliquent une règle que personne ne connaît avant d’arriver : un bagage dont les trois dimensions cumulées dépassent 160 centimètres, et jusqu’à 250, exige une place à espace bagages, le tokudai nimotsu. Ces sièges occupent la dernière rangée, devant le renfoncement fermé. La réservation est gratuite mais obligatoire : à défaut, le contrôleur facture 1 000 yens et te réattribue une place.
Le repère : une valise cabine de 55 centimètres cumule environ 115 centimètres, un modèle de 70 centimètres environ 150, et tu bascules dans la catégorie réglementée dès 75 à 80 centimètres de hauteur. Ces dernières rangées partent les premières en été. Deux échappatoires : le takkyubin, qui expédie ta valise d’hôtel à hôtel pour 2 000 à 2 500 yens entre Tokyo et Kyoto, livrée le lendemain, ou le coffre d’un taxi à l’arrivée, sachant que ce que coûte une course de gare à hôtel tourne autour de 1 500 yens sur trois kilomètres.
Côté fenêtre, la question qui revient le plus concerne le mont Fuji : les sièges D et E, le E contre la vitre. À droite du sens de marche en allant vers Osaka, à gauche en remontant vers Tokyo, puisque la rame n’est jamais retournée. La montagne apparaît une quarantaine de minutes après Tokyo, entre Mishima et Shin-Fuji, et tient dix minutes. Un matin de janvier, départ de Tokyo à 7h33, je l’ai eue entièrement dégagée depuis le siège 11E ; au même endroit un après-midi d’août, un mur de nuages.
Les trains panoramiques se réservent comme des spectacles. Le Fuji Excursion relie Shinjuku à Kawaguchiko pour environ 4 130 yens, trois allers-retours par jour, entièrement réservés : c’est le train qui dépose à quelques minutes de Hoshinoya Fuji et de son glamping face au volcan. À Kyoto, le petit train Sagano coûte 880 yens, et sa voiture 5 à ciel ouvert, la Rich, ne se vend qu’au guichet, le jour même.
Quand réserver vraiment, et quand tu perds ton temps
La liste des cas où il faut viser l’ouverture des ventes est courte :
- la Golden Week du 29 avril au 5 mai, Obon vers le 11 au 16 août, le Nouvel An du 28 décembre au 4 janvier ;
- les trains entièrement réservés le vendredi soir et le dimanche après-midi ;
- le Sunrise Izumo et le Sunrise Seto, leurs cabines individuelles surtout ;
- les places à espace bagages en été, et les sièges D ou E si tu tiens au Fuji ;
- les trains panoramiques saisonniers, Fuji Excursion en tête à l’automne, saison où les meilleurs spots de feuillages rouges se remplissent aussi vite que les rames.
Partout ailleurs, réserver trois semaines à l’avance ne t’apporte rien. L’axe Tokaido fait circuler jusqu’à dix-sept trains par heure et par sens en pointe, plus de 350 dans la journée : un Nozomi part pour Kyoto toutes les dix minutes environ, de 6 heures à 21h30. Un mardi de février, tu prends ton billet à la borne et tu montes dans le train suivant. Les lignes urbaines, les rapides et les omnibus ne se réservent pas du tout : carte IC sur le portique et tu montes.
La méthode que j’applique aujourd’hui : je bloque à l’ouverture les deux ou trois trajets structurants, ceux qui conditionnent une nuit d’hôtel ou un vol, et je laisse le reste ouvert. Un billet smartEX se modifie gratuitement autant de fois que tu veux avant le départ, l’annulation coûtant environ 340 yens ; les tarifs promotionnels d’Ekinet, eux, ne se changent ni ne se remboursent.
Questions fréquentes
Peut-on réserver un train japonais depuis la France ?
Oui, sur les sites officiels des compagnies JR, avec une carte étrangère et une interface en anglais : smartEX pour le Tokaido, le Sanyo et le Kyushu, JR-EAST Train Reservation pour le nord, e5489 pour l’ouest. Le compte se crée en cinq minutes et seul le billet est facturé.
Combien de temps à l’avance peut-on réserver un Shinkansen ?
Un mois exactement, jour pour jour, à partir de 10 heures du matin heure japonaise, soit 3 heures du matin en France en été et 2 heures en hiver. Avant cette date, le train n’est pas dans le système. Ekinet accepte une pré-réservation dès un mois et une semaine avant.
Faut-il réserver son siège dans le Shinkansen ?
Pas systématiquement. Sur le Tokaido, les voitures 1 à 3 d’un Nozomi restent libres hors pointe, pour environ 850 yens de moins. La réservation devient indispensable sur les trains entièrement réservés, Hayabusa, Komachi, Kagayaki ou Narita Express, et pendant la Golden Week, Obon et le Nouvel An.
Quel siège choisir pour voir le mont Fuji depuis le Shinkansen ?
Les sièges D et E, le E contre la vitre : à droite du sens de marche en allant de Tokyo vers Osaka, à gauche au retour, la rame n’étant jamais retournée. La montagne se découvre entre Mishima et Shin-Fuji, une quarantaine de minutes après Tokyo, pendant une dizaine de minutes.
Sources
- JR Central, réservation et horaires du Tokaido Shinkansen
- Japan Rail Pass, site officiel : tarifs et conditions
- Japan Guide, fiches pratiques et retours de terrain
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs et conditions évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

