En bref
Suica, Pasmo, ICOCA et sept autres cartes IC sont interopérables dans presque tout le Japon depuis 2013 : le nom imprimé sur le plastique n’a plus aucune importance, une Suica achetée à Tokyo ouvre les portiques du métro d’Osaka et une ICOCA ceux des bus de Sapporo. Une carte physique coûte 2 000 yens, dont 500 de caution et 1 500 de solde utilisable, le plafond est bloqué à 20 000 yens et la recharge se fait en espèces, par tranches de 1 000 yens. Depuis la pénurie de puces de 2023, la disponibilité du plastique reste irrégulière et les versions touristiques, Welcome Suica et Pasmo Passport, expirent au bout de 28 jours sans remboursement du solde. La meilleure option tient aujourd’hui dans l’iPhone : une Suica créée en quatre minutes dans Apple Wallet, sans caution ni passeport, rechargeable par carte bancaire étrangère. Sur Android, il faut une puce FeliCa, donc un téléphone japonais. La carte paie aussi les konbini, les distributeurs et les consignes de gare, mais jamais un Shinkansen longue distance ni un siège réservé. Au départ, l’émetteur te rend la caution et le solde, moins 220 yens de frais.
On me demande toujours s’il faut prendre une Suica, une Pasmo ou une ICOCA, et la réponse tient en une phrase : cela n’a plus d’importance depuis treize ans. Les dix cartes IC japonaises fonctionnent les unes chez les autres, et la vraie question porte désormais sur le support, plastique ou téléphone. Si tu montes encore ton itinéraire, la vue d’ensemble des moyens de circuler d’une ville japonaise à l’autre pose le décor ; ici, on ne parle que du bout de carte que tu poseras vingt fois par jour sur un lecteur.
Dix noms, une seule carte
Depuis mars 2013, dix cartes IC sont interopérables sur l’essentiel du réseau. Une Suica achetée à Ueno ouvre les portiques du métro d’Osaka, valide un tramway à Hiroshima et paie un bus à Sapporo. Choisir revient donc à prendre celle du guichet qui se trouve devant toi.
- Suica, émise par JR East, et Pasmo, par les compagnies privées et les bus de Tokyo : les deux cartes de la capitale, équivalentes à l’usage.
- ICOCA chez JR West et PiTaPa côté privé pour le Kansai, TOICA chez JR Central, manaca autour de Nagoya.
- Kitaca à Hokkaido, SUGOCA chez JR Kyushu, nimoca et Hayakaken à Fukuoka pour le reste de l’archipel.
Les mascottes changent, la technologie non : le pingouin de la Suica, le robot rose de Pasmo et l’ornithorynque d’ICOCA reposent sur la même puce sans contact FeliCa, qui se lit à travers un étui. Le tarif est débité au yen près là où un billet papier arrondit à la dizaine. Sur la boucle Yamanote, compte 150 à 210 yens ; sur le métro de Tokyo, 180 à 330 yens ; dans les bus de la capitale, 210 yens à tarif unique.
Deux réserves. Un trajet à cheval sur deux zones d’émetteurs est refusé à la sortie : entrer à Tokyo et vouloir sortir à Atami, pile sur la frontière entre JR East et JR Central, bloque le portique même avec 15 000 yens de solde — et Atami, la station thermale du bord de mer à deux heures de Tokyo, fait partie des excursions où le cas se présente vraiment. Et PiTaPa, seule carte à débit différé du lot, ne se comporte ainsi que pour les résidents du Kansai. À part ça, ta carte suit sans broncher le maillage détaillé dans notre guide pour circuler sur les lignes souterraines de la capitale, lignes JR comprises.
La carte dans le téléphone, aujourd’hui la meilleure option
C’est le conseil que je donne en premier depuis trois ans : si tu as un iPhone récent, n’achète pas de carte en plastique. À partir de l’iPhone 8 et de l’Apple Watch Series 3, Apple Wallet crée une Suica, une Pasmo ou une ICOCA vierge sans compte, sans passeport et sans caution. Tu peux le faire depuis ton canapé la veille du départ : ajouter une carte, choisir la carte de transport japonaise, créditer un premier montant.
La recharge passe par Apple Pay, et c’est là que se cache le seul vrai piège. Les Mastercard et les American Express fonctionnent presque toujours ; beaucoup de Visa émises hors du Japon sont refusées au chargement, sans explication utile. Teste chez toi avec 1 000 yens. Si ça coince, ajoute une autre carte au Wallet, ou recharge en espèces au konbini, qui accepte le téléphone comme un bout de plastique.
Deux détails changent l’usage quotidien : le mode transport express laisse passer le portique sans déverrouiller l’écran, ce qui compte quand tu arrives à Shinjuku un sac dans chaque main, et la réserve d’énergie de l’iPhone maintient la fonction environ cinq heures après une extinction pour batterie vide. Une carte physique se transfère aussi dans le Wallet : les 500 yens de caution basculent dans le solde et le plastique devient inutilisable.
Le point noir s’appelle Android. La Mobile Suica exige une puce FeliCa, présente presque uniquement sur les appareils vendus au Japon sous le nom d’Osaifu-Keitai : un Pixel ou un Galaxy acheté en Europe ne créera aucune carte, même avec Google Wallet. Vérifie la fiche technique de ton modèle avant de faire ton sac. À Nagoya, en 2023, un guichetier JR m’a renvoyée les mains vides, plus une carte en stock. J’ai créé une Suica dans mon iPhone sur le quai de la ligne Chuo, en quatre minutes, et je n’en ai plus racheté depuis.
Cartes physiques : une disponibilité qui bouge
La pénurie mondiale de semi-conducteurs a rattrapé les cartes IC en juin 2023 : JR East et Pasmo ont suspendu la vente des cartes anonymes en région de Tokyo, et rien n’est revenu tout à fait comme avant. Les ventes rouvrent et se referment depuis par vagues, émetteur par émetteur, gare par gare. C’est l’information qui change plusieurs fois par an : demande au guichet en arrivant, plutôt que de faire confiance à un article, celui-ci compris.
Les compagnies ont ouvert une porte de secours avec des cartes à durée limitée. La Welcome Suica et la Pasmo Passport se vendent aux comptoirs de Narita et de Haneda et dans quelques gares centrales, sur passeport, sans caution. Leur validité est de 28 jours, et la contrainte est réelle : passé le délai, la carte cesse de fonctionner et le solde restant n’est ni utilisable ni remboursable. Une Welcome Suica sur laquelle traînent 1 800 yens le jour du vol retour, ce sont 1 800 yens jetés.
La carte classique, quand elle est en stock, coûte 2 000 yens : 1 500 de solde et 500 de caution récupérables au départ. Les versions nominatives, avec ton nom imprimé, se prennent au guichet et se rééditent avec le solde en cas de perte. Pour les 6 à 11 ans, la carte enfant divise les tarifs de transport par deux, mais elle ne se délivre qu’au guichet, passeport à l’appui.
Recharger : bornes, konbini et plafond à 20 000 yens
Toutes les bornes de billets rechargent les cartes IC, presque toujours en espèces. Tu poses la carte dans le réceptacle, tu touches English puis Charge, tu choisis un montant par tranches de 1 000 yens et tu insères tes billets. Les coupures de 1 000 yens passent partout, celles de 5 000 et de 10 000 sur une partie des machines seulement. Quelques bornes récentes acceptent la carte bancaire, mais ne compte pas dessus : une carte IC se remplit avec du liquide.
Le konbini reste le plus simple, et il marche à trois heures du matin. À la caisse d’un 7-Eleven, d’un FamilyMart ou d’un Lawson, tu poses la carte ou le téléphone sur le lecteur en disant charge, tu tends 3 000 ou 5 000 yens, l’affaire prend vingt secondes. Le plafond du solde est fixé à 20 000 yens et ne se contourne pas ; 3 000 à 5 000 yens couvrent deux à trois jours de transports urbains pour une personne.
Quand le solde ne suffit pas à la sortie, le portique se referme et tu repars vers la borne de régularisation, le seisanki, plantée juste avant les tourniquets. Mon souvenir cuisant date d’un soir à Ueno, vers 18h30 : 90 yens de solde, la barrière qui claque, une douzaine de personnes derrière moi et un employé arrivé au pas de course, parfaitement aimable, pendant que je fouillais mon sac. Depuis, je recharge dès que je passe sous 2 000 yens.
Hors des gares, elle sert tous les jours
La carte IC est devenue un moyen de paiement à part entière, et c’est ce qui la rend utile même à qui marche beaucoup. Les konbini, les supérettes de gare NewDays, les chaînes comme Matsuya ou Doutor, où se prend le premier café à la japonaise de la journée, les pharmacies et les grands magasins acceptent le solde : tu annonces Suica en posant la carte et ça bipe. Les distributeurs de boissons à petit lecteur rond règlent la canette à 130 ou 180 yens sans que tu cherches de pièces.
Les consignes automatiques marchent sur le même principe, et peu de guides le disent clairement : tu ranges ton sac, tu poses ta carte, le casier se verrouille et la carte devient la clé. Compte 400 à 700 yens la journée pour un format cabine, 800 à 1 000 yens pour une grande valise. La règle est absolue, seule la carte qui a payé rouvre le casier : si tu voyages à deux et comptes te séparer de ton binôme l’après-midi, décide avant qui paie la consigne.
Les taxis des grandes villes acceptent presque tous les cartes IC, prise en charge autour de 500 yens à Tokyo ; en province, c’est plus aléatoire, garde des billets. Dans les bus, le geste change d’une ville à l’autre : tarif unique à Tokyo, tu poses la carte en montant ; à Kyoto, autour de 230 yens, tu montes par l’arrière et tu paies en descendant ; au kilométrage ailleurs, la carte se pose deux fois. Elle n’ouvre pas toutes les portes pour autant : les petits restaurants de quartier, les temples et les marchés de rue restent en espèces.
Ce qu’elle ne fait pas, et comment la rendre
La limite la plus mal comprise concerne le Shinkansen. Le solde paie le tarif de base des trains locaux et rapides, jamais les suppléments de train à grande vitesse ni les sièges réservés : tu ne montes pas dans un Tokyo-Kyoto avec 14 000 yens sur ta Suica. Sur l’axe Tokaido, le service Smart EX rattache ta carte à une réservation payée en ligne, la carte servant ensuite de titre au portique ; JR East propose l’équivalent pour les places non réservées, après inscription. Dans les deux cas, c’est la réservation qui paie, pas le solde.
- Les suppléments de Shinkansen et de limited express, du Narita Express au Thunderbird, qui exigent un titre séparé.
- Les sièges réservés, quel que soit le train.
- Les trajets à cheval sur deux zones d’émetteurs, refusés au portique de sortie.
- Toute dépense au-delà des 20 000 yens de plafond, puisque le solde ne monte pas plus haut.
Plus tu t’éloignes des grandes villes, moins elle sert : dans les vallées du Tohoku ou sur la péninsule de Noto, les cars n’ont souvent aucun lecteur et passent trois fois par jour. C’est le prix d’entrée du Japon qui vit à l’écart des grands axes touristiques. C’est exactement là que prendre le volant sur les routes japonaises devient plus rationnel que d’aligner les correspondances.
Le remboursement se fait au guichet de l’émetteur et nulle part ailleurs : une Suica se rend chez JR East, une ICOCA chez JR West, une Pasmo chez les compagnies privées de Tokyo. On te rend la caution de 500 yens plus le solde, moins 220 yens de frais prélevés sur ce solde. Rendre une carte créditée de 3 000 yens rapporte donc environ 3 280 yens ; la rendre à zéro rapporte 500 yens sans frais.
D’où mon conseil, et c’est ce que je fais à chaque départ : ne la rends pas. Dépense le solde au konbini de l’aéroport, prends des onigiri pour le vol, puis range la carte au fond du portefeuille : elle reste valable dix ans après sa dernière utilisation et t’évitera une queue au prochain voyage. Les Welcome Suica et Pasmo Passport, elles, ne se remboursent jamais : vide-les jusqu’au dernier yen. Et si ta carte vit dans ton téléphone, la question ne se pose pas, il n’y a aucune caution à récupérer.
Questions fréquentes
Suica ou Pasmo, laquelle vaut mieux prendre ?
Aucune des deux n’est meilleure : elles sont interopérables et se comportent exactement pareil dans le métro, les bus, les konbini et les distributeurs de boissons. La seule différence tient à l’émetteur, JR East pour la Suica, les compagnies privées de Tokyo pour la Pasmo, et cela ne joue qu’au moment du remboursement, qui doit se faire chez celui qui l’a vendue. Prends celle qui est disponible là où tu arrives, ou crée une Suica dans ton iPhone en quatre minutes.
Peut-on prendre le Shinkansen avec une carte IC ?
Pas avec le solde. Une Suica paie le tarif de base des trains locaux et rapides, jamais les suppléments de train à grande vitesse ni les sièges réservés. Sur l’axe Tokaido, le service Smart EX permet de rattacher ta carte à une réservation achetée en ligne : la carte ouvre alors le portique, mais c’est la réservation qui a été payée. Pour un Tokyo-Kyoto, compte environ 14 000 yens de billet, réglés à part.
Peut-on créer une Suica sur un téléphone Android ?
Seulement si l’appareil embarque une puce FeliCa, presque toujours réservée aux modèles vendus sur le marché japonais, sous l’appellation Osaifu-Keitai. Un Pixel ou un Samsung acheté en Europe ne pourra pas créer de Mobile Suica, même avec Google Wallet installé. Vérifie la fiche technique avant de partir : si la puce manque, prévois une carte physique et des billets de 1 000 yens pour la recharger.
Comment récupérer son argent avant de rentrer ?
Au guichet de la compagnie émettrice, qui rend la caution de 500 yens et le solde restant, moins 220 yens de frais retenus sur ce solde. Une carte vide ne coûte rien à rendre. Le plus simple reste de dépenser les derniers yens au konbini de l’aéroport et de garder la carte : elle vaut dix ans après sa dernière utilisation. Les Welcome Suica et Pasmo Passport, elles, ne sont jamais remboursées.
Sources
- Japan Guide, fiches pratiques et retours de terrain
- JNTO, office national du tourisme japonais
- JR Central, réservation et horaires du Tokaido Shinkansen
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

