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Culture

Les matsuri : les grands festivals traditionnels

En bref

Un matsuri n’est pas un spectacle mais la sortie annuelle d’un kami hors de son sanctuaire, porté dans un mikoshi de 1 à 2 tonnes que quarante à soixante épaules secouent volontairement. Le Japon compte environ 80 000 sanctuaires shinto et chacun tient sa fête : il y en a en février dans la neige comme en décembre. Dates habituelles : Sanja à Asakusa le troisième week-end de mai, la procession de Gion le 17 juillet à 9 heures, Nebuta à Aomori du 2 au 7 août, Awa Odori à Tokushima du 12 au 15, Takayama en avril et en octobre, Chichibu les 2 et 3 décembre. Plusieurs se calent sur un week-end mobile : vérifie l’année en cours. Compte 500 à 800 yens le plat de stand, 3 000 à 6 000 yens une tribune, et un hôtel bloqué six à douze mois à l’avance dans les petites villes.

Un matsuri n’est pas un festival au sens où on l’entend en France, et la traduction fait rater l’essentiel. C’est le jour où une divinité quitte son sanctuaire, monte dans un palanquin et fait le tour de son quartier ; les lanternes, les stands de takoyaki et la foule en yukata viennent par-dessus. Les festivals traditionnels du Japon se regardent autrement une fois cet ordre compris. Le tour d’horizon des traditions japonaises côté visiteur situe ces fêtes parmi les autres rituels du pays ; ici, on entre dans le détail : le calendrier sur douze mois et la manière d’y assister sans marcher sur les pieds de personne.

Ce qui se passe quand un quartier sort son mikoshi

Le mot vient du verbe matsuru, honorer une divinité. Un prêtre transfère l’esprit du kami dans le mikoshi au cours d’un rite appelé mitama-utsushi, souvent de nuit, lumières éteintes et sans photo. Le palanquin sort ensuite parcourir la paroisse : la divinité inspecte son quartier et bénit les commerces.

Les porteurs ne se contentent pas de marcher. Ils balancent le mikoshi, le font tanguer, le soulèvent d’un coup en criant wasshoi ou seiya. L’agitation est volontaire : secouer l’esprit augmente son énergie et les bienfaits qu’il répand. Un grand mikoshi urbain pèse entre 1 et 2 tonnes, se porte à quarante ou soixante épaules et change d’équipe tous les cent mètres. Rien n’est joué pour la galerie : on est dans le même registre que la gestuelle réglée au centimètre du service du thé, où compte l’exactitude du geste, pas l’effet produit.

La saison donne le sens. Au printemps, on prie pour la récolte à venir ; à l’automne, on remercie pour celle qui rentre ; l’été, on chasse les épidémies, ce qui explique que les plus spectaculaires tombent en juillet et en août. Le Gion Matsuri est né en 869, quand Kyoto mourait de la peste. Une date n’est jamais choisie au hasard.

Mikoshi, dashi, happi : le vocabulaire de ce que tu vas voir

Deux objets circulent et on les confond sans arrêt. Le mikoshi se porte à bras. Le dashi roule : un char de bois tiré ou poussé, appelé yamahoko à Kyoto, yatai à Takayama, danjiri dans le Kansai. Les hoko de Gion montent à 25 mètres avec leur flèche et pèsent une dizaine de tonnes. Leurs roues pleines ne braquent pas : pour tourner, une équipe glisse des lattes de bambou fendu dessous, les arrose d’eau et fait pivoter l’engin en trois poussées. Ce tsuji-mawashi est le meilleur poste d’observation.

Les participants portent le happi, veste courte avec le nom de l’association de quartier au dos, un bandeau hachimaki et des jika-tabi. Le public, lui, sort le yukata, et le pan gauche se croise toujours par-dessus le droit : trois repères suffisent pour en porter un sans faute. La musique, le hayashi, tient à trois instruments : tambour taiko, flûte et petites cloches. L’été ajoute le bon odori, un cercle qui tourne autour d’une tour de bois sur une chanson répétée deux heures durant, et n’importe qui peut rejoindre le rang extérieur. Restent les yatai, les stands des allées, en espèces :

  • takoyaki, yakisoba, calmar grillé ou karaage : 500 à 800 yens la barquette
  • kakigori, la glace pilée au sirop : 400 à 600 yens, le meilleur achat à 35 degrés
  • pêche aux poissons rouges et tir à la carabine : 300 à 600 yens la partie

Le calendrier complet, de janvier à décembre

L’été monopolise l’attention, à tort : avec 80 000 sanctuaires et une fête annuelle chacun, il se passe quelque chose chaque semaine quelque part, et l’Unesco a inscrit 33 de ces fêtes à chars en 2016. Juillet et août concentrent malgré tout les plus spectaculaires, comme le montre la sélection des grandes fêtes d’été. Mes repères :

  • Janvier et février. Hatsumode du 1er au 3 janvier, Setsubun le 3 février avec le jet de haricots au Yoshida-jinja de Kyoto, le festival de la neige de Sapporo et les cabanes de neige de Yokote en février.
  • Mars et avril. L’Omizutori du Todai-ji de Nara du 1er au 14 mars, torches de huit mètres sur le balcon du Nigatsu-do, apogée le 12 au soir. Takayama les 14 et 15 avril.
  • Mai et juin. L’Aoi Matsuri de Kyoto le 15 mai, cinq cents figurants en costume Heian au départ du Palais impérial. Le Sanja d’Asakusa le troisième week-end de mai, une centaine de mikoshi le samedi, les trois grands du sanctuaire le dimanche dès 6 heures. Kanda à la mi-mai les années impaires, Sanno à la mi-juin les années paires.
  • Juillet et août. Le Hakata Gion Yamakasa du 1er au 15 juillet, course finale à 4h59 du matin. Gion à Kyoto tout le mois. Le Tenjin d’Osaka les 24 et 25 juillet, une centaine de bateaux sur l’Okawa, feu d’artifice vers 19h30. Puis le Tohoku : Nebuta du 2 au 7 août, les perches à lanternes d’Akita du 3 au 6, Tanabata à Sendai du 6 au 8, Awa Odori du 12 au 15.
  • Septembre et octobre. Les danjiri de Kishiwada à la mi-septembre, le Kunchi de Nagasaki du 7 au 9 octobre, Takayama les 9 et 10, les mikoshi qui s’entrechoquent à Himeji les 14 et 15. Le 22 octobre, Kyoto joue double : le Jidai Matsuri dès midi, les torches géantes de Kurama le soir.
  • Novembre et décembre. Le Kunchi de Karatsu du 2 au 4 novembre, le Yomatsuri de Chichibu les 2 et 3 décembre, les Namahage d’Oga le 31 décembre.

Ces dates sont des habitudes, pas des garanties : certaines sont fixes au jour près, d’autres glissent sur un week-end mobile ou alternent une année sur deux. Regarde le site du sanctuaire, jamais un blog de l’an dernier.

Cinq rendez-vous que je conseille, et comment s’y prendre

Le Gion Matsuri de Kyoto tient tout juillet. Les soirs des 15 et 16, le centre passe en zone piétonne de 18 à 23 heures, chars éclairés dans les rues. Le 17 au matin, la procession des vingt-trois chars part de Shijo-Karasuma à 9 heures et pivote à l’angle de Shijo-Kawaramachi vers 9h35. J’y suis arrivée à 7h40 pour m’asseoir au bord du trottoir : il faisait déjà 34 degrés à 9 heures. Les tribunes d’Oike-dori se vendent dès le printemps, 4 000 à 6 000 yens. Mon conseil : viens plutôt le 24, onze chars, même rituel, deux fois moins de monde.

Le Nebuta d’Aomori, du 2 au 7 août, aligne une vingtaine de chars en papier washi, celui qu’on fabrique encore à la main à partir d’écorce de mûrier, jusqu’à neuf mètres de large, éclairés de l’intérieur et poussés sur une boucle de trois kilomètres entre 19 et 21 heures. Autour d’eux sautent les haneto en criant rassera. C’est le seul grand matsuri où l’on t’invite officiellement à danser, à une condition : porter le costume complet, autour de 4 000 yens. Je l’ai fait un 4 août, deux heures à sauter sur le pied gauche.

L’Awa Odori de Tokushima, du 12 au 15 août, est la plus grande danse d’Obon du pays : les ren costumés défilent de 18 heures à 22h30 dans des couloirs de rue, les femmes sur les pointes en sandales de paille. Tribunes de 2 000 à 5 000 yens, couloirs gratuits suffisants, et un groupe ouvert aux débutants en fin de soirée.

Takayama sort ses chars les 14 et 15 avril puis les 9 et 10 octobre, douze au printemps, onze à l’automne, avec des marionnettes qui jouent devant le sanctuaire vers 10 heures et 15 heures et un défilé nocturne de 18h30 à 21 heures. Ses ryokan partent presque un an à l’avance.

Le Yomatsuri de Chichibu, les 2 et 3 décembre, garde ma préférence : six chars de dix à quinze tonnes hissés de nuit dans la côte de Dango-zaka à partir de 19 heures le 3, un feu d’artifice d’hiver au-dessus, le thermomètre autour de zéro. À 1h20 d’Ikebukuro par la ligne Seibu, il se fait en excursion depuis Tokyo.

Dormir, arriver, se placer : la logistique décide de tout

L’hébergement est le vrai goulot. Aomori compte moins de 300 000 habitants et reçoit plusieurs centaines de milliers de visiteurs pendant Nebuta ; Tokushima, Takayama et Chichibu aussi. Les hôtels ouvrent leurs réservations six à douze mois avant et les tarifs doublent, parfois triplent. L’un d’eux garde des chars dans son hall et rejoue la fête toute l’année : l’Aomoriya, l’hôtel qui vit au rythme du Nebuta, dépanne quand la ville est pleine. Mon erreur de débutante : débarquer à Tokushima le 13 août sans rien avoir réservé. J’ai dormi à Takamatsu, à 1h05 par la ligne Kotoku, et couru chaque soir pour le dernier retour. Le repli, c’est une ville à trente ou soixante minutes.

Les transports saturent ensuite. Les Shinkansen du Tohoku affichent complet plusieurs semaines avant le 2 août et les sièges se réservent dès l’ouverture, un mois avant. À Kyoto, les soirs des 15 et 16 juillet, les stations Karasuma et Shijo filtrent les entrées : compte trente à quarante-cinq minutes pour redescendre sur le quai. Pour la place, quelques règles valent tous les guides :

  • arrive 60 à 90 minutes avant l’heure annoncée si tu vises un virage de char
  • place-toi sur la fin du parcours plutôt qu’au départ : même cortège, un bon tiers de monde en moins
  • pars vingt minutes avant la fin si tu as un train : la foule qui sort d’un coup bloque la gare

Le reste tient à l’endurance : 33 à 36 degrés et 70 à 80 pour cent d’humidité en été, les konbini dévalisés dès 17 heures. Deux litres d’eau, un sac plastique et de la monnaie : tu tiens la soirée.

Un rite avant un spectacle : ce qui se fait, ce qui ne se fait pas

Le point de départ est simple : tu es invitée chez quelqu’un. Le mikoshi transporte une divinité, pas un décor. On ne le touche pas, on ne passe pas dessous, on ne se plante pas devant pour un selfie. À Asakusa, monter sur le palanquin est interdit et le cortège s’arrête net quand quelqu’un essaie. On obéit aux bénévoles à brassard : ils répondent de porteurs qui ne voient presque rien sous deux tonnes de bois.

Le happi n’est pas un souvenir. C’est l’uniforme d’une association de quartier, nom écrit au dos, et l’enfiler pour la photo revient à porter le maillot d’une équipe dont tu n’es pas membre. L’exception est assumée : à Aomori, le costume de haneto se vend à tout le monde parce que l’organisateur veut des danseurs. Même logique pour la participation : rejoins le rang extérieur d’un bon odori ou le groupe ouvert d’Awa Odori, mais pas un ren qui répète depuis mars. Porter un mikoshi se fait sur invitation.

Côté photo, la ligne de partage est nette. Les chars, la foule, les stands, les danseurs d’un cortège public : tout le monde mitraille. Pas de flash à un mètre du visage d’un porteur en effort, en revanche, pas de perche à selfie dans une foule dense, pas de drone, et l’appareil baissé pendant les séquences liturgiques. Ils se déroulent souvent dans le noir, et le panneau qui l’interdit n’est parfois écrit qu’en japonais. Ce sont
les règles de politesse valables partout ailleurs au Japon, appliquées à une rue bondée.

Mon compromis préféré, après vingt ans d’allers-retours : un grand matsuri par voyage, et sinon la fête du sanctuaire d’à côté. Un matsuri de quartier à Tokyo un dimanche de mai vaut mieux qu’une place lointaine derrière trois rangs de téléphones. Tu vois le prêtre bénir la boutique du coin, tu manges un yakisoba à 600 yens sur une marche, et il n’y a pas dix étrangers.

Questions fréquentes

Quand ont lieu les principaux matsuri au Japon ?

Toute l’année, même si juillet et août concentrent les plus gros : Sanja à Asakusa le troisième week-end de mai, la grande procession de Gion le 17 juillet à 9 heures, Tenjin à Osaka les 24 et 25 juillet, Nebuta à Aomori du 2 au 7 août, Awa Odori du 12 au 15, Chichibu les 2 et 3 décembre. Plusieurs dates glissent sur un week-end mobile ou alternent une année sur deux : vérifie l’année en cours.

Peut-on participer à un matsuri quand on est étranger ?

Oui, dans des cadres précis. Le rang extérieur d’un bon odori est ouvert à tous, sans costume ni expérience. À Nebuta, tu sautes avec les danseurs si tu portes la tenue de haneto, vendue autour de 4 000 yens. À Awa Odori, un groupe ouvert accepte les débutants en fin de soirée. Porter un mikoshi se fait sur invitation d’une association de quartier.

Peut-on photographier librement un matsuri ?

En grande partie, oui : chars, stands, foule et cortège public se photographient sans problème. Pas de flash de près sur les porteurs en effort, en revanche, ni de perche à selfie dans une foule compacte, ni de drone. Rien pendant les séquences religieuses, notamment le transfert de l’esprit dans le mikoshi. Et un geste de la main avant de photographier des enfants.

Faut-il réserver son hébergement longtemps à l’avance pour un grand matsuri ?

Pour Aomori, Tokushima, Takayama ou Chichibu, oui : six à douze mois, avec des tarifs qui doublent voire triplent sur les dates du festival. Kyoto en juillet et Tokyo en mai absorbent mieux le choc, trois mois suffisent souvent. Le repli consiste à dormir à trente ou soixante minutes de train, à Hirosaki, Takamatsu ou Gero.

Sources

Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

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