soleilrouge.org
Image default
Préparer son voyage

Voyager au Japon en famille avec des enfants

En bref

Le Japon est l’une des destinations lointaines les plus simples avec des enfants : rues sûres, toilettes gratuites et propres partout, tables à langer dans les gares, transports gratuits jusqu’à 5 ans révolus puis à demi-tarif de 6 à 11 ans. Le vrai piège n’est pas le pays, c’est la chambre : les hôtels se louent au nombre d’occupants déclarés, et une double de 18 mètres carrés ne devient pas familiale parce que l’enfant est petit. Ajoute sept heures de décalage, trois à quatre jours pour les absorber, et un été à 35 degrés qui exclut juillet et août. Le rythme qui tient : une grosse visite le matin, un endroit où ils courent ensuite, trois hôtels maximum sur deux semaines. Compte 8 000 à 11 000 euros à quatre sur quinze jours, vols compris. Ce qui les enchante : les sushis sur tapis à 130 yens l’assiette, les biches de Nara, les trains ; ce qui les épuise : les temples enchaînés et les trajets trop longs.

Partir au Japon en famille fait peur bien plus longtemps qu’il ne faudrait. La langue, les quatorze heures de porte à porte, la foule de Shibuya : sur le papier, tout paraît hostile aux enfants. Sur place, c’est l’inverse, et un employé de gare attrape un bout de ta poussette dans l’escalier avant que tu aies demandé. Les difficultés sont ailleurs : la taille des chambres, le décalage horaire, la chaleur et les kilomètres avalés chaque jour. Le reste des préparatifs figure dans la liste des démarches à boucler avant le départ ; cette page ne traite que de ce qui change avec des enfants.

Ce qui rend le Japon si simple avec des enfants

Le pays est organisé pour les enfants sans jamais le revendiquer. Les toilettes sont gratuites, propres et partout, souvent avec un siège mural pour poser le bébé pendant que tu t’occupes de l’aîné. La sécurité relève d’un autre monde : à Tokyo, des écoliers de 7 ans prennent seuls la ligne Yamanote, et un sac oublié sur une table de café t’attend une heure plus tard. Tu ne surveilles ni tes poches ni tes enfants de la même manière, et la journée fatigue moins. C’est ce relâchement-là qui arrive en tête des arguments qui décident les familles hésitantes, avant même la nourriture ou les trains.

Le matériel, je le trouve sur place, sans rien emporter de France :

  • des couches Merries ou Moony dans n’importe quel Matsumoto Kiyoshi, autour de 1 000 à 1 500 yens le paquet
  • du lait infantile et des petits pots en sachets souples, au rayon bébé des drugstores
  • des salles d’allaitement dans les grands magasins, à l’étage des vêtements d’enfants : micro-ondes, eau chaude, cabines fermées
  • des chaises hautes dans toutes les chaînes de restaurants, une table à langer dans presque toutes les gares JR

Reste le konbini, environ 55 000 dans le pays, ouverts jour et nuit : onigiri à 150 yens, briques de lait, bananes, eau chaude au comptoir pour un biberon, micro-ondes. Une famille qui rentre à 20 heures avec deux enfants à bout dîne pour 1 500 yens au lieu de chercher un restaurant quarante minutes.

L’hôtel et la règle du nombre d’occupants

Le piège numéro un m’est tombé dessus la première fois que je suis partie avec ma fille de 3 ans. J’avais réservé une chambre double derrière la gare de Shinjuku, persuadée qu’un enfant de cet âge dort n’importe où. À 21 heures, la réception m’a expliqué avec une politesse désarmante que la chambre était déclarée pour deux et qu’on ne pouvait pas y dormir à trois. J’ai payé une seconde chambre 11 000 yens.

L’hébergement japonais se vend au nombre d’occupants, pas à la chambre. La réservation affiche un maximum, souvent deux, appliqué au nom de la réglementation incendie. Une double d’hôtel d’affaires fait 15 à 20 mètres carrés avec deux lits de 110 centimètres : elle ne devient pas familiale parce que ton enfant est petit. La taxe de séjour, elle, se compte par personne et par nuit.

Les quatre solutions qui fonctionnent, dans l’ordre où je les utilise :

  • La chambre de style japonais. Douze tatamis, aucun lit, trois à cinq futons déroulés pendant le dîner : le format le plus confortable et le moins cher au couchage.
  • Les chaînes qui hébergent les enfants sans supplément. Toyoko Inn accepte souvent un enfant dans le lit d’un parent jusqu’à un certain âge, APA et Super Hotel ont des lits de 140 centimètres.
  • Les appartements déclarés. Depuis la loi minpaku de 2018, une location affiche son numéro d’enregistrement et ne dépasse pas 180 nuits par an. Un deux-pièces à Kyoto pour quatre vaut 20 000 à 30 000 yens la nuit.
  • Le ryokan en demi-pension. On y paye par personne, les enfants à 30, 50 ou 70 % du tarif adulte selon qu’ils prennent le repas et le futon, et le dîner servi dans la chambre à 18 heures règle la question du soir. Les maisons haut de gamme refusent parfois les tout-petits : écris avant de réserver. D’autres font l’inverse et construisent leur programme autour des enfants, comme le Risonare d’Atami, ses ateliers et sa vue sur l’océan.

Le rythme, la variable qui décide de tout

Le décalage horaire d’abord. Sept heures en été, huit en hiver, dans le sens le plus dur : les enfants se réveillent à 4 heures du matin et s’écroulent à 16 heures. Compte trois à quatre jours, cinq sous 6 ans. Ma parade : sortir dès 6h30 les deux premiers matins, quand Tokyo est vide et frais, petit-déjeuner de konbini sur un banc du parc de Ueno, puis sieste après le déjeuner. Une journée d’arrivée n’est pas une journée de visite.

Vient ensuite le nombre de choses par jour. Un adulte enchaîne trois temples à Kyoto ; un enfant de 6 ans en accepte un, et encore. La règle qui a sauvé mes voyages : une grosse visite le matin, un endroit où ils courent l’après-midi, rien le soir. Un parc, un étage de jouets, un bain public, ou une journée entière dans l’un des grands parcs d’attractions du pays quand tu acceptes de lui sacrifier le reste du programme. Tu verras moins de choses que prévu ; avec le programme adulte, tu passeras la deuxième semaine à gérer des crises. C’est l’un des pièges classiques d’un premier séjour, et il se paye double en famille.

Les bases, ensuite. Deux semaines, trois hôtels au maximum : chaque changement de ville coûte une demi-journée à ranger, porter, puis attendre l’entrée à 15 heures. Cinq nuits à Tokyo, cinq à Kyoto, trois dans une ville thermale. Les excursions à la journée depuis une base fixe fatiguent bien moins que des nuits éparpillées.

La saison décide du reste. En juillet et en août, il fait 33 à 36 degrés avec 80 % d’humidité : à 30 centimètres du bitume, dans une poussette, c’est intenable passé 11 heures. Évite aussi la Golden Week et Obon à la mi-août. Les bonnes fenêtres : la seconde quinzaine d’avril, mai, et d’octobre à la mi-novembre.

Poussette, trains et petites jambes

Le point le plus agréable du séjour : les transports ne coûtent presque rien pour les petits. Dans les trains JR comme dans les métros, un enfant de moins de 6 ans voyage gratuitement, jusqu’à deux par adulte payant, s’il n’occupe pas un siège réservé. De 6 à 11 ans, c’est la moitié du tarif, JR Pass compris, soit environ 25 000 yens pour sept jours au lieu de 50 000. Fais établir une carte IC enfant au guichet, avec le passeport.

La poussette passe partout, mais pas à toute heure. Les gares de Tokyo ont presque toutes un ascenseur, sauf qu’il se trouve souvent à l’autre bout du quai : une correspondance de trois minutes à Otemachi en devient une de dix. Entre 7h30 et 9 heures, puis de 17h30 à 19 heures, renonce, les rames sont pleines. Circule entre 10 et 16 heures, c’est un autre pays.

Mon compromis préféré : une poussette canne de moins de 7 kilos, et le porte-bébé pour les temples, dont les allées de gravier n’ont jamais aimé les roues. Un jour de pluie à Kamakura, un employé de gare et un lycéen ont attrapé les deux bouts de la mienne dans l’escalier avant que j’ouvre la bouche.

Restent les bagages, le vrai sujet à quatre. Le takkyubin envoie une valise d’un hôtel à l’autre pour 2 000 à 2 500 yens, déposée avant 10 heures et livrée le lendemain : entre Tokyo et Kyoto, tu voyages avec un sac à dos et les enfants par la main. C’est le meilleur argent que j’aie dépensé au Japon.

Les repas, la pharmacie et les petits bobos

Manger est plus simple ici qu’à Paris, et moins cher. Les chaînes familiales font tout le travail : Gusto et Jonathan’s servent une assiette enfant à 500 ou 700 yens, avec un jouet et un bar à boissons illimité pour 300 ; Saizeriya, des pâtes à 400 yens ; Marugame Seimen, un bol d’udon à 400 yens qu’on commande du doigt ; CoCo Ichibanya, un curry au niveau de piment 0.

Le kaitenzushi reste mon arme absolue. Chez Sushiro, Kura Sushi ou Hama Sushi, les assiettes démarrent autour de 130 à 180 yens, la commande se fait sur un écran tactile et arrive sur un tapis, et une capsule de jouet tombe toutes les cinq assiettes. Un enfant qui ne voulait rien manger de japonais goûte le saumon : 4 000 à 6 000 yens pour quatre.

Deux limites quand même. Les allergies demandent de la préparation : fais traduire une carte en japonais, car le dashi de poisson et la sauce soja au blé se cachent partout. Les izakaya n’acceptent pas toujours les mineurs en soirée, et les comptoirs de ramen sont impraticables avec une poussette. Le soir, vise les family restaurants ou le dîner du ryokan.

Côté santé, le pays rassure. L’eau du robinet se boit, aucun vaccin n’est exigé, et les drugstores vendent thermomètres et paracétamol pédiatrique. Emporte quand même le tien avec l’ordonnance : les dosages diffèrent des nôtres, et la codéine ou la pseudoéphédrine sont interdites à l’entrée. L’ambulance est gratuite, au 119, mais une consultation pédiatrique se règle sur place, autour de 5 000 à 10 000 yens : l’assurance avec frais médicaux et rapatriement n’est pas une option à quatre.

Ce qui les enchante, ce qui les épuise, et ce que ça coûte

Après une vingtaine de séjours, dont plusieurs avec des enfants, la liste de ce qui marche vraiment est courte.

  • Nara. Un millier de biches en liberté à quarante-cinq minutes de train de Kyoto, un paquet de galettes à 200 yens, des animaux qui s’inclinent pour l’obtenir. Elles bousculent et mordillent : distribue vite.
  • Les trains. Le musée du chemin de fer de Kyoto, 1 500 yens l’adulte et 500 l’écolier, occupe une demi-journée. Dans le Shinkansen vers l’ouest, place-toi côté D ou E : le Fuji apparaît quarante minutes après Tokyo.
  • Hakone. Le bateau à allure de galion sur le lac Ashi, le téléphérique au-dessus des fumerolles, les oeufs noircis d’Owakudani, cuits dans une eau volcanique à 500 yens le sachet, un bain le soir. Le pass Odakyu de deux jours vaut environ 6 100 yens pour un adulte, plusieurs fois moins pour un enfant.
  • Les lieux où l’on court. Le zoo d’Ueno à 600 yens l’adulte, gratuit avant 12 ans, les bassins de teamLab à Toyosu, les gachapon à 300 yens la capsule, et ces distributeurs dont le pays compte près de quatre millions.

Ce qui les épuise : trois temples dans la même journée, les files d’attente, les trajets de plus de deux heures, et les visites sur réservation dont on rêve six mois. Le musée Ghibli de Mitaka en est l’exemple : billets vendus le 10 du mois précédent à heure fixe, créneau imposé, 1 000 yens l’adulte et 400 de 7 à 12 ans, pour une heure trente. Prépare-les plutôt avant le départ : je préfère leur mettre entre les mains les livres qui donnent envie de partir là-bas qu’un jardin sec sous 30 degrés.

Le budget, pour finir. Deux semaines à quatre, en milieu de gamme, avec un yen autour de 165 pour un euro. Les vols pèsent le plus lourd : 700 à 1 100 euros par adulte hors haute saison, et un enfant de plus de 2 ans paye presque le tarif adulte. L’hébergement tourne autour de 15 000 à 25 000 yens la nuit pour quatre ; les repas, 8 000 à 12 000 yens par jour ; les transports, 60 000 à 80 000 yens. Total : entre 8 000 et 11 000 euros, dont la moitié en avion. Partir hors vacances scolaires en retire 1 500, et c’est le seul levier qui pèse vraiment.

Questions fréquentes

À partir de quel âge emmener un enfant au Japon ?

Il n’y a pas d’âge interdit, mais deux tranches sont ingrates : le bébé de moins de huit mois, à cause des treize heures de vol et du décalage, et l’enfant de 18 mois à 3 ans, trop lourd à porter et trop jeune pour marcher longtemps. Entre 5 et 11 ans, tout devient simple : ils tiennent la distance, mangent de tout et profitent encore du demi-tarif dans les transports.

Les enfants voyagent-ils gratuitement dans les trains au Japon ?

Jusqu’à 5 ans révolus, oui, dans les trains JR comme dans les métros, à raison de deux enfants gratuits par adulte payant et sans siège réservé attribué. De 6 à 11 ans, c’est la moitié du tarif, JR Pass compris, soit environ 25 000 yens pour sept jours ; à 12 ans, plein tarif. Fais établir une carte IC enfant au guichet, avec le passeport : la réduction s’applique seule.

Peut-on dormir à quatre dans une chambre d’hôtel au Japon ?

Rarement dans une chambre standard : les hôtels japonais louent au nombre d’occupants déclarés, et une double de 18 mètres carrés est plafonnée à deux personnes, parfois trois. Pour quatre, cherche une chambre de style japonais avec futons, une quadruple annoncée comme telle, un appartement enregistré ou un ryokan facturé par personne. Vérifie le nombre d’occupants avant de réserver : la réception applique la règle.

Quelle est la meilleure période pour aller au Japon avec des enfants ?

La seconde quinzaine d’avril, le mois de mai après la Golden Week, et la période d’octobre à la mi-novembre : on y marche par 15 à 22 degrés sans pluie continue. Évite juillet et août, où l’on dépasse 35 degrés avec une humidité écrasante, la Golden Week du 29 avril au 5 mai et Obon à la mi-août, quand le pays entier se déplace.

Sources

Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

A lire aussi

Assurance voyage pour le Japon : laquelle choisir ?

administrateur

Formalités et visa pour le Japon quand on est français

administrateur

Préparer son voyage au Japon : la checklist complète

administrateur

Voyager au Japon pour la première fois : les erreurs à éviter

administrateur

Décalage horaire Japon–France : bien gérer le jet lag

administrateur

Budget d’un voyage au Japon : combien ça coûte vraiment ?

administrateur