En bref
Le volcan se cache plus souvent qu’il ne se montre : environ vingt jours de visibilité par mois en décembre et janvier, quatre à six en juillet et août. Deux créneaux par jour, la première heure après le lever du soleil et la demi-heure avant qu’il se couche. Le camp de base est Kawaguchiko, à 1h45 de bus depuis Shinjuku pour environ 2 200 yens. Autour du lac : la pagode Chureito, Oshino Hakkai, Fuji-Q. Ailleurs : Hakone et le lac Ashi, Gotemba, Miho no Matsubara côté Shizuoka. Et la vue gratuite, côté droit du Shinkansen, entre la quarantième et la cinquantième minute après Tokyo. Une nuit sur place bat l’aller-retour dans la journée : tout se joue à l’aube.
Le Mont Fuji est le seul rendez-vous d’un voyage au Japon qu’on ne peut pas réserver. Voir le Mont Fuji dépend d’un paramètre hors de portée : un cône isolé de 3 776 mètres, à une quarantaine de kilomètres de la mer, fabrique ses propres nuages, et surtout l’été. Cette page traite de la façon de le regarder ; monter au cratère obéit à d’autres règles, réunies dans la préparation d’une randonnée jusqu’au sommet. Pour caser l’étape entre deux villes, repars du tour d’horizon des régions et des villes japonaises.
La vraie difficulté : une montagne qui se dérobe
Personne ne prévient, et c’est pourtant la seule statistique qui compte. Les relevés de visibilité tenus dans la région des cinq lacs donnent un ordre de grandeur brutal : une vingtaine de jours par mois en décembre et janvier, quatre à six en juillet et août. L’été, l’air humide remonte les pentes dès que le sol chauffe et le sommet disparaît dans les cumulus vers neuf ou dix heures. L’hiver, le vent de nord-ouest assèche tout : ciel net, neige jusqu’à mi-hauteur, silhouette lisible à cent kilomètres. Ce cône reste un volcan actif parmi d’autres, et quatre autres terrains volcaniques du pays se laissent approcher de bien plus près que celui-ci.
De novembre à février, donc, avec un pic en janvier. Deux fenêtres dans la journée : du lever du soleil à huit ou neuf heures, puis les trente à quarante-cinq minutes avant le coucher, quand la face ouest s’allume en rose, ce que les Japonais appellent le beni-fuji. Entre onze et quinze heures, tu peux te tenir au meilleur point de vue du pays et ne rien voir. Mon réflexe, la veille au soir puis à six heures : ouvrir une webcam de Kawaguchiko. Si le cône est net à l’écran, on change le programme et on sort tout de suite.
Kawaguchiko et les cinq lacs, le camp de base
Les cinq lacs occupent le versant nord, à 800 mètres d’altitude, et Kawaguchiko en est la porte d’entrée : gare, bus locaux, hôtels, vue frontale. Trois accès depuis Tokyo, avec des tarifs relevés en 2026.
- Le bus depuis Busta Shinjuku, que je prends neuf fois sur dix : environ 1h45 pour à peu près 2 200 yens, un départ toutes les trente minutes. Réserve quelques jours avant, et redoute les bouchons de la Chuo Expressway le dimanche soir.
- Le Fuji Excursion, train direct depuis Shinjuku : un peu moins de deux heures pour environ 4 200 yens, quatre allers-retours par jour, sièges réservés obligatoires et couverts par le JR Tokyo Wide Pass.
- La ligne Chuo jusqu’à Otsuki puis la ligne privée Fujikyu, autour de 2h45 pour environ 2 560 yens. Plus lent, mais un départ toutes les demi-heures : le repli quand les directs affichent complet.
Le meilleur cliché du pays se prend à trois arrêts de là : la pagode Chureito, qui domine le parc d’Arakurayama à cinq minutes de la gare de Shimo-Yoshida, au bout de près de quatre cents marches. La plateforme est minuscule, à huit heures tu es tranquille, à dix heures tu fais la queue. Un droit d’entretien de 100 yens est demandé aux périodes de pointe, et les cerisiers y fleurissent dix jours après ceux de Tokyo.
Oshino Hakkai, huit bassins alimentés par la fonte des neiges filtrée pendant des décennies dans la lave, est à trente minutes de bus : viens avant dix heures. Fuji-Q Highland colle au pied du volcan, avec sa propre gare juste avant Kawaguchiko : ses montagnes russes figurent parmi les parcs d’attractions les plus spectaculaires de l’archipel, et c’est le repli évident un jour de plafond bas. Et la vue imprimée au dos du billet de 1 000 yens n’a pas été prise ici, mais depuis le lac Motosu, le plus calme des cinq.
Hakone, Gotemba, Miho no Matsubara : l’autre versant
Le sud donne des angles différents et moins courus. À Hakone, la montagne apparaît par-dessus la crête nord du lac Ashi, depuis le bateau, depuis le torii planté dans l’eau et depuis la station de téléphérique d’Owakudani. C’est un pari : la crête rogne le cône et la vallée retient les nuages. Le Romancecar met environ 1h25 de Shinjuku à Hakone-Yumoto, et le pass régional de deux jours tourne autour de 6 000 yens, transports locaux compris. Comme le dit notre page sur les bains chauds de Hakone et leur panorama sur le volcan, la vue n’y est qu’un bonus : on vient pour le bain du soir.
Gotemba est connu et ignoré à la fois. Les outlets sont bâtis dans l’axe exact, et par temps clair le volcan se dresse au-dessus du parking, sans un fil électrique devant. Un bus direct depuis Shinjuku met environ 1h40 pour autour de 1 800 yens, et une navette gratuite relie la gare au centre commercial. Tu vas faire les soldes, tu repars avec ta meilleure photo.
Côté Shizuoka, Miho no Matsubara aligne une pinède sur une plage de galets sombres, le cône se levant de l’autre côté de la baie de Suruga. C’est l’image qui a nourri les estampes pendant des siècles, et le site fait partie du classement du Fujisan à l’UNESCO. Une heure de Shinkansen Hikari jusqu’à Shizuoka pour environ 6 000 yens, dix minutes de train régional jusqu’à Shimizu, vingt-cinq minutes de bus. Viens en fin d’après-midi, le soleil dans le dos.
Le siège E du Shinkansen, la vue que personne ne paie
Beaucoup ratent ce passage parce qu’ils se sont assis du mauvais côté. En voiture ordinaire, la disposition est A-B-C, couloir, D-E : le volcan est à droite quand tu descends vers l’ouest, donc en D et E, la fenêtre étant en E. En voiture verte, où les sièges vont par deux, vise le D. De Kyoto vers Tokyo, tout s’inverse et c’est le A qu’il faut demander.
Le repère de temps ne rate jamais. Sur un Nozomi parti de Tokyo, la fenêtre s’ouvre entre la quarantième et la cinquantième minute, une bonne dizaine de minutes après Shin-Yokohama, le tronçon le plus dégagé se situant entre Mishima et Shin-Fuji. Dix minutes de visibilité, trois de vraie carte postale : range le téléphone à l’avance. C’est le même axe qui mène ensuite aux daims en liberté du parc de Nara et aux ruelles à takoyaki de la capitale japonaise de la street food.
Saisons, foules et règles qui ont changé
Deux rendez-vous saisonniers valent le détour. En novembre, le corridor des érables de la rive nord de Kawaguchiko aligne des momiji écarlates devant le cône, illuminés en soirée, au moment précis où la visibilité redevient excellente. Au printemps, le festival des shibazakura étale près du lac Motosu des nappes de phlox rose de la mi-avril à la fin mai, environ 1 000 yens l’entrée plus trente minutes de navette. Sois lucide : ces deux sites saturent en milieu de journée, et sans ciel dégagé tu paies pour des fleurs devant un mur gris.
Le revers est arrivé vite. La photo du konbini de Fujikawaguchiko surmonté du volcan a tellement circulé que des visiteurs traversaient la route n’importe comment : la commune a fini par poser un écran noir en 2024. D’autres spots ont suivi, avec barrières, interdictions d’arrêt et agents postés le week-end. Lis les panneaux, ne descends pas sur la chaussée, ne franchis aucune clôture pour un cadrage. Évite aussi la Golden Week et la mi-août, quand l’autoroute Chuo transforme le trajet de 1h45 en trois heures.
Une journée depuis Tokyo, ou une nuit sur place
L’aller-retour dans la journée est faisable, je l’ai fait plusieurs fois. Départ de Shinjuku vers 7h15, Kawaguchiko vers 9h, deux ou trois arrêts sur place, retour à Tokyo vers 19h. Le problème saute aux yeux : tu arrives quand la fenêtre du matin se referme et tu repars avant celle du soir. En été, cet horaire garantit presque de ne rien voir.
Une nuit change tout pour un surcoût modeste. Une chambre double avec vue à Kawaguchiko ou Fujiyoshida se trouve entre 15 000 et 30 000 yens, souvent avec le dîner, soit 90 à 180 euros selon le cours. La première fois que j’ai dormi là-bas, je suis arrivée à quatorze heures dans une purée de pois et je me croyais bredouille ; au réveil, la montagne remplissait la fenêtre entière et elle a tenu jusqu’à neuf heures. Le haut du panier se joue au bord du lac Kawaguchi, où un camp de glamping perché face au volcan vend exactement cette fenêtre-là.
Prévois quand même le scénario inverse. Le musée Kubota Itchiku expose au bord du lac des kimonos teints à la main et se visite très bien sous la pluie ; un onsen à bain extérieur reste agréable par mauvais temps, et Fuji-Q ne dépend pas du ciel. Le meilleur conseil tient en une phrase : garde ta journée Fuji flexible dans l’itinéraire. Si trois jours de ciel bleu sont annoncés sur ton séjour, consacres-en un à la montagne, quitte à décaler le reste.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure période pour voir le Mont Fuji ?
De novembre à février, avec un pic en décembre et janvier : l’air sec dégage le ciel une vingtaine de jours par mois, contre quatre à six en plein été. Vise la première heure après le lever du soleil et la demi-heure avant le coucher. Entre onze et quinze heures, les nuages de convection masquent le sommet même par beau temps.
Comment aller à Kawaguchiko depuis Tokyo et à quel prix ?
Le bus depuis Busta Shinjuku est le plus simple : environ 1h45 pour à peu près 2 200 yens, un départ toutes les trente minutes, à réserver quelques jours avant en haute saison. Le train direct Fuji Excursion met un peu moins de deux heures pour environ 4 200 yens, quatre allers-retours par jour. Sinon, la ligne Chuo jusqu’à Otsuki puis la Fujikyu, environ 2h45 pour 2 560 yens.
De quel côté s’asseoir dans le Shinkansen pour voir le Mont Fuji ?
À droite dans le sens Tokyo vers Kyoto, soit les sièges D et E en voiture ordinaire, la fenêtre étant en E ; de Kyoto vers Tokyo, demande un siège A. Le volcan apparaît entre la quarantième et la cinquantième minute après le départ de Tokyo, sur le tronçon entre Mishima et Shin-Fuji. Réserve ta place au lieu de tenter la voiture libre.
Faut-il dormir sur place ou faire l’aller-retour dans la journée ?
L’excursion à la journée tient logistiquement, mais elle te fait arriver vers neuf heures, quand la fenêtre du matin se referme, et repartir avant celle du soir. Une nuit à Kawaguchiko coûte 15 000 à 30 000 yens la chambre double, souvent avec le dîner, et te donne l’aube. Si le budget impose l’aller-retour, choisis un jour d’hiver et prends le premier bus.
Sources
- JNTO, l’office national du tourisme japonais en français
- Japan Guide, fiches d’accès et de visibilité pour la région du Fuji
- JR Central, informations officielles sur le Shinkansen Tokaido
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

