En bref
Nara se visite en une journée pleine, pas en deux heures : compte environ 45 minutes et 720 yens depuis Kyoto par le rapide JR, 35 minutes et autour de 1 280 yens par le limited express Kintetsu, 40 minutes et 680 yens depuis Osaka-Namba. Kintetsu-Nara est à cinq minutes à pied du parc, la gare JR à vingt. Le parc abrite autour de 1 200 daims sika, classés monument naturel depuis 1957 : des animaux sauvages qui mordent et donnent des coups de tête, et à qui on ne donne que les senbei vendus sur place, 200 yens le paquet. Le Todai-ji ouvre vers 7h30 en été, 8 heures en hiver, pour environ 800 yens, et son Grand Bouddha de bronze approche les 15 mètres. Le Kasuga Taisha aligne quelque 3 000 lanternes de pierre le long d’allées gratuites, et huit heures suffisent tout juste pour y ajouter le Naramachi, le mont Wakakusa et l’étang Sarusawa au couchant.
On te vendra visiter Nara comme une demi-journée glissée entre deux temples de Kyoto, et c’est exactement le tort que je faisais à cette ville avant d’y dormir. Nara a été la capitale du Japon de 710 à 784, et il en reste huit ensembles inscrits au patrimoine mondial dans un rayon de trois kilomètres, plus un troupeau de daims libres qui traversent les passages piétons. Si tu montes encore ton itinéraire, notre panorama des régions japonaises et des villes où poser ses valises situe Nara dans l’ensemble ; ici, on descend au niveau du trottoir, avec les horaires et les prix.
Y aller depuis Kyoto ou depuis Osaka
Deux compagnies desservent Nara et elles n’arrivent pas au même endroit : c’est ce détail qui compte. Depuis Kyoto, la ligne JR Nara part de la gare centrale, rapide Miyakoji en environ 45 minutes pour 720 yens. Le Kintetsu part du bâtiment voisin : 35 minutes en limited express pour environ 1 280 yens siège réservé compris, 45 minutes en express ordinaire pour 760 yens, et bien plus de départs.
Depuis Osaka, le rapid express Kintetsu au départ de Namba règle la question : autour de 40 minutes et 680 yens, sans changement. Côté JR, la ligne Yamatoji met une cinquantaine de minutes et environ 820 yens depuis la gare d’Osaka, 30 à 35 minutes et 470 yens depuis Tennoji.
Le point qui tranche, c’est la gare d’arrivée. Kintetsu-Nara dépose au pied de l’escalier du Kofuku-ji, cinq minutes du premier daim ; la gare JR est 1,3 kilomètre plus à l’ouest, vingt minutes à pied par la rue Sanjo. Mon arbitrage : sans pass, Kintetsu ; avec un JR Pass, le JR et la marche, qui passe devant la vitrine de Nakatanido où deux hommes pilent le mochi à une vitesse absurde, la part autour de 150 yens.
Les daims du parc sont des animaux sauvages
Ce sont des cerfs sika, autour de 1 200 dans le parc et ses abords, et ils n’appartiennent à personne. Aucun enclos : ils dorment sur les pelouses, traversent la route devant les voitures et remontent le soir vers la forêt de Kasugayama. Le culte local en a fait les messagers de la divinité du Kasuga Taisha, et depuis 1957 ils sont classés monument naturel du Japon, ce qui interdit de les blesser comme de les capturer. Ce n’est pas une attraction, c’est une espèce protégée qui vit dans une ville de 350 000 habitants.
Une seule nourriture est autorisée : les shika senbei des stands du parc, 200 yens le paquet d’une dizaine de galettes sans sucre, dont la vente finance la fondation qui soigne les bêtes blessées. Le reste est à proscrire, pain, chips, bonbons, et surtout la bandelette de papier du paquet : des daims morts ont été retrouvés l’estomac plein de plastique. Les blessures se comptent par centaines chaque année, morsures en tête, puis coups de tête et bousculades, presque toujours bénignes et presque toujours dues à la même chose, quelqu’un qui fait durer la distribution. De septembre à novembre les mâles en rut chargent, d’où la coupe rituelle de leurs bois organisée en octobre à Rokuen ; de mai à juillet, les mères foncent sur qui approche un faon couché dans l’herbe.
- Achète un seul paquet et distribue-le en moins d’une minute, galette par galette.
- Ne brandis jamais les senbei au-dessus de ta tête : c’est ce geste qui déclenche les coups de tête.
- Quand tu n’as plus rien, ouvre les mains et écarte les bras : ils comprennent.
- N’approche ni un faon de mai à juillet, ni un mâle en rut à l’automne, et ne cours pas.
Ma faute de débutante remonte à un mois d’octobre, devant le stand du Nandaimon : deux paquets achetés d’un coup, pour faire durer le plaisir. Quinze secondes plus tard j’avais neuf daims autour de moi, un qui mâchait la poche de ma veste, un autre qui m’a mis un coup de tête derrière la cuisse. Le bleu a mis dix jours à partir.
Le Todai-ji et son Grand Bouddha
L’entrée se fait par le Nandaimon, la grande porte du sud, gratuite et ouverte en permanence. Dans ses deux niches veillent les gardiens Kongo Rikishi, environ 8,4 mètres chacun, sculptés vers 1203 par l’atelier d’Unkei et Kaikei. Presque personne ne s’y arrête, parce que tout le monde court vers le Bouddha.
Le Daibutsuden ouvre vers 7h30 d’avril à octobre et 8 heures le reste de l’année, ferme entre 17 heures et 17h30 selon la saison, billet autour de 800 yens. Le bâtiment actuel date de 1709 et ne fait plus que les deux tiers de la largeur de son prédécesseur du huitième siècle : il reste parmi les plus grandes charpentes de bois du monde, près de 48 mètres de haut. À l’intérieur, le Grand Bouddha Vairocana approche les 15 mètres et pèse autour de 500 tonnes de bronze, coulé entre 745 et 752, une opération qui a vidé les caisses de l’empereur Shomu. Derrière lui, un pilier percé d’un trou de la taille d’une narine de la statue : les enfants s’y faufilent et le passage est parfois fermé.
Ne repars pas dès la sortie du hall. Cinq minutes de montée derrière le Daibutsuden, le Nigatsu-do est gratuit, ouvert à toute heure, et sa terrasse sur pilotis domine les toits de Nara. C’est mon endroit préféré vers 17 heures, une boisson chaude à 160 yens prise au distributeur du bas de l’escalier, quand les groupes sont repartis vers Kyoto. À côté, le Sangatsu-do garde ses statues du huitième siècle pour environ 600 yens.
Kasuga Taisha, ses lanternes, et le Kofuku-ji
Du Todai-ji au Kasuga Taisha, compte vingt minutes de marche sous les arbres, en pente douce. Le sanctuaire, fondé en 768 par le clan Fujiwara, a été reconstruit à l’identique tous les vingt ans pendant des siècles, d’où son vermillon toujours neuf. Le long des allées, quelque 3 000 lanternes de pierre offertes depuis le douzième siècle ; sous les auvents, environ 1 000 lanternes de bronze. Les allées sont gratuites, l’enceinte intérieure demande autour de 500 yens, ouverture vers 6h30 en été et 7 heures en hiver.
Ce billet vaut surtout pour le Fujinami-no-Ya, un couloir noir où une partie des lanternes reste allumée toute l’année. Le vrai spectacle tombe deux fois par an, quand les trois mille lanternes sont allumées ensemble à la tombée du jour lors du Mantoro, début février puis les 14 et 15 août. La date d’hiver tombe avec Setsubun, la fête qui annonce le printemps, et le sanctuaire est alors bondé dès la fin d’après-midi. Derrière le sanctuaire, la forêt primaire de Kasugayama, où la chasse est interdite depuis 841, fait partie des huit sites de la ville inscrits au patrimoine mondial en 1998.
Redescends ensuite vers le Kofuku-ji, sur le plateau qui domine l’étang Sarusawa. Sa pagode à cinq étages, environ 50 mètres, est la deuxième du Japon par la hauteur, mais autant te prévenir : elle est bâchée depuis 2023 pour un chantier de restauration prévu sur une dizaine d’années. Le Chukondo, rouvert en 2018, se visite pour environ 500 yens. Reste le Kokuhokan, autour de 700 yens, qui abrite l’Ashura : une laque sèche du huitième siècle, trois visages, six bras, un visage d’adolescent inquiet que personne n’oublie. Si tu ne devais payer qu’une seule entrée après le Grand Bouddha, ce serait celle-là.
Naramachi, l’étang Sarusawa et le mont Wakakusa
L’étang Sarusawa fait 360 mètres de tour, trois minutes sous le Kofuku-ji, gratuit et ouvert en permanence ; son eau renvoie la pagode quand il n’y a pas de vent. C’est là que je termine mes journées, sur les marches du côté nord vers 17 heures, quand les daims du bord de l’eau cessent de mendier.
Juste au sud commence le Naramachi, l’ancien quartier des marchands bâti sur l’emprise du temple Gango-ji : rues étroites, machiya de bois, artisans et cafés dans les maisons. Le Naramachi Koshi-no-Ie, une maison de marchand restaurée, se visite gratuitement, en gros de 9 à 17 heures et fermée le lundi : façade étroite, cour intérieure, puits de lumière, la meilleure leçon d’architecture urbaine japonaise que je connaisse. Aux portes pendent des migawari-zaru, singes rouges en tissu censés prendre le malheur à la place de chaque membre de la famille, cousins directs des poupées japonaises censées porter chance.
Reste le mont Wakakusa, 342 mètres, la colline pelée qui ferme le parc à l’est. L’accès coûte environ 150 yens, il ouvre en gros de 9 à 17 heures et ferme de la mi-décembre à la mi-mars. Compte quinze à vingt minutes jusqu’au premier replat, trente à quarante jusqu’au sommet, sur une pente d’herbe rase où paissent des daims. De là-haut tu vois le toit du Daibutsuden, la pagode du Kofuku-ji et tout le bassin de Nara ; le quatrième samedi de janvier, la colline entière brûle à la nuit tombée lors du Yamayaki. N’attends pas un panorama volcanique : si c’est un cône enneigé que tu cherches, lis plutôt comment repérer le Fuji et choisir son point de vue, parce qu’ici la beauté est horizontale.
Une journée qui tient debout, et la suite
Voilà le découpage que je refais à chaque fois.
- 8 heures : Todai-ji dès l’ouverture, Nandaimon puis Daibutsuden, avant les cars.
- 9h30 : Nigatsu-do, quand la terrasse est encore vide.
- 10h30 : chemin des lanternes jusqu’au Kasuga Taisha.
- Midi : kakinoha-zushi près de la gare Kintetsu, 150 à 200 yens la pièce.
- 14 heures : Kofuku-ji et musée des trésors nationaux, puis Naramachi.
- 17 heures : Sarusawa ou Wakakusa au couchant, train du retour vers 18h30.
La raison est simple : les groupes occupent le parc entre 10 et 15 heures, et Nara redevient habitable avant 9 heures et après 16 heures. Ajoute la géographie, un bon kilomètre et demi entre le Nandaimon et le Kasuga Taisha, autant pour redescendre au Naramachi, soit dix à douze kilomètres de marche. Une demi-journée te fait voir le Bouddha dans le pire créneau horaire, et rater tout le reste.
Si tu reviens, ou si tu dors deux nuits sur place, va au Horyu-ji. La ligne JR Yamatoji depuis la gare JR de Nara y dépose en 11 minutes pour 230 yens, puis un bus de huit minutes ou vingt minutes de marche. Le billet groupé tourne autour de 1 500 yens, ouverture de 8 à 17 heures du 22 février au 3 novembre. Le kondo et sa pagode à cinq étages comptent parmi les plus anciennes constructions en bois debout dans le monde, autour de 1 300 ans ; le site a ouvert la liste japonaise du patrimoine mondial en 1993. Compte une demi-journée, quasiment pas de daims, quasiment personne : c’est déjà le Japon hors des sentiers battus, à onze minutes de train du plus gros flux touristique du Kansai.
Les daims en liberté ne sont pas une exclusivité de Nara. Plus à l’ouest, tu peux combiner Hiroshima et l’île aux daims de Miyajima dans la même boucle : les cerfs y circulent aussi entre les boutiques, à ceci près qu’on n’y vend plus de biscuits et que le nourrissage y est interdit. Deux politiques opposées, et de quoi comprendre ce que financent les 200 yens du paquet à Nara.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour visiter Nara ?
Une journée pleine, huit heures sur place au minimum. En trois heures tu vois le Todai-ji et quelques daims, mais dans le créneau où les groupes saturent le parc, entre 10 et 15 heures. Avec huit heures tu ajoutes le Kasuga Taisha, l’Ashura du Kofuku-ji, le Naramachi et le couchant sur l’étang Sarusawa. Compte dix à douze kilomètres de marche.
Les daims de Nara sont-ils dangereux ?
Ce sont des animaux sauvages protégés depuis 1957, et les blessures se comptent par centaines chaque année, morsures en tête, puis coups de tête et bousculades. Presque toutes sont évitables : distribue ton paquet de senbei en moins d’une minute, ne le brandis pas au-dessus de ta tête, montre tes mains vides ensuite. Méfie-toi des mâles en rut de septembre à novembre.
Vaut-il mieux prendre le JR ou le Kintetsu pour aller à Nara ?
Le Kintetsu, sauf si tu as un JR Pass : Kintetsu-Nara est à cinq minutes à pied du Kofuku-ji, la gare JR à 1,3 kilomètre, soit vingt minutes de marche. Depuis Kyoto, compte 35 minutes et près de 1 280 yens en limited express, 45 minutes et 720 yens en rapide JR. Depuis Osaka-Namba, 40 minutes et 680 yens.
Combien coûte une journée à Nara ?
Autour de 3 500 à 5 000 yens par personne hors repas, au départ de Kyoto : environ 1 500 yens de train aller-retour, 800 pour le Daibutsuden, 500 pour l’enceinte du Kasuga Taisha, 700 pour le musée du Kofuku-ji, 150 pour le mont Wakakusa et 200 le paquet de senbei. Le parc, le Nandaimon et le Nigatsu-do restent gratuits.
Sources
- Japan Guide, fiches pratiques et retours de terrain
- JNTO, office national du tourisme japonais
- UNESCO, liste du patrimoine mondial
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de réserver.

