En bref
Kamakura est à un peu moins d’une heure de la gare de Tokyo par la ligne JR Yokosuka, pour 1 040 yens, et à environ une heure de Shinjuku par la Shonan-Shinjuku pour le même prix. Le grand Bouddha du Kotoku-in, 11,4 mètres de bronze coulé en 1252, se visite pour 300 yens de 8 heures à 17h30, 17 heures d’octobre à mars, et cinquante yens de plus donnent accès à l’intérieur de la statue. Le Hase-dera voisin demande 400 yens et garde une Kannon de bois de 9,18 mètres. Au nord, le Kencho-ji et l’Engaku-ji, premier et deuxième des cinq grands temples zen, coûtent 500 yens chacun. Le Meigetsu-in, dit temple des hortensias, se paie 500 yens et sature en juin. Le petit train Enoden se parcourt en illimité avec le pass Noriorikun à 800 yens, et le forfait Odakyu depuis Shinjuku revient à 1 640 yens. Une journée bien découpée suffit ; une nuit ne se justifie qu’en juin ou pour les sentiers.
On présente Kamakura comme « le Kyoto de l’est », et la formule fait rater l’essentiel. Kamakura n’est pas une ville de cour, c’est une ville de guerre. Minamoto no Yoritomo y a installé le premier gouvernement militaire du Japon à la fin du douzième siècle parce que le site était défendable, coincé entre l’océan au sud et des collines abruptes percées de passages taillés dans la roche. Cette géographie explique tout : la ville tient dans une cuvette étroite, ses temples sont adossés à des pentes, et un sentier de crête relie encore la moitié d’entre eux. C’est ici que la caste guerrière a pris le pouvoir, et notre enquête sur ce qu’il reste des samouraïs dans le Japon d’aujourd’hui raconte la suite de cette histoire.
Elle explique aussi le défaut de l’endroit : une cuvette reliée à Tokyo par deux voies ferrées et desservie à l’intérieur par un train à voie unique, cela sature vite. Le panorama des régions et villes japonaises à mettre dans son itinéraire donne le cadre général ; ce qui suit est plus prosaïque : quel train prendre, à quelle heure arriver, et ce qui mérite un billet.
Y aller depuis Tokyo, et quel billet prendre
Deux lignes JR desservent Kamakura, et elles coûtent le même prix. Depuis la gare de Tokyo, la ligne Yokosuka descend directement en un peu moins d’une heure pour 1 040 yens. Depuis Shinjuku, la ligne Shonan-Shinjuku met environ une heure pour le même tarif, avec une réserve importante : seuls les trains à destination de Zushi vont directement à Kamakura, les autres imposent un changement à Ofuna. Regarde la destination affichée sur le quai, pas seulement le nom de la ligne.
La troisième voie est privée. Depuis Shinjuku, l’Odakyu descend jusqu’à Fujisawa et Katase-Enoshima, et vend un forfait Enoshima Kamakura Free Pass à 1 640 yens couvrant l’aller-retour plus l’usage illimité de l’Enoden. Le trajet dure environ deux fois plus longtemps que le JR : bon calcul pour un programme côtier — Enoshima, la plage, le Bouddha — mauvais pour un programme de temples.
Sur place, le petit train Enoden longe la mer entre Kamakura et Fujisawa. Le pass journée Noriorikun coûte 800 yens adulte, 400 enfant, et se rentabilise dès trois trajets. Sinon les cartes IC fonctionnent partout ici, sur le JR comme sur l’Enoden et les bus, comme l’explique notre page sur les cartes IC Suica, Pasmo et Icoca. Conseil de terrain : pars de Tokyo avant 8 heures. Passé 10 heures un samedi, le quai de l’Enoden ressemble à un quai de métro aux heures de pointe et il faut laisser passer deux ou trois rames.
Le grand Bouddha : 11,4 mètres, 300 yens, et cinquante yens de plus
Le Kotoku-in ouvre de 8 heures à 17h30, jusqu’à 17 heures d’octobre à mars, dernière entrée un quart d’heure avant, tous les jours de l’année. L’entrée coûte 300 yens. Le Daibutsu mesure 11,4 mètres et représente Amida ; il a été coulé en bronze en 1252 et il est le deuxième plus grand Bouddha de bronze du pays derrière celui du Todai-ji de Nara.
Ce qui le rend différent, c’est qu’il est dehors. Abrité dans un grand hall de bois pendant deux siècles et demi, il s’est retrouvé à l’air libre à la fin du quinzième siècle, typhons et raz-de-marée ayant emporté le bâtiment. On voit encore, autour de la plateforme, les bases de pierre des piliers disparus — presque personne ne les remarque. Regarde aussi les soudures horizontales des coulées successives : la statue a été montée par anneaux empilés.
Pour cinquante yens de plus, tu entres dans la statue : un couloir sombre et exigu, chaud en été, où l’on voit l’intérieur du bronze et les renforts posés au vingtième siècle. Cinq minutes, souvent une file, et je le recommande quand même — c’est le seul endroit du Japon où l’on comprend physiquement comment ce genre d’objet a été fabriqué. Le contraste avec le Bouddha de Nara vaut le déplacement : celui de Nara, plus grand et sous charpente, écrase par la mise en scène ; ici la statue est seule dans un jardin. Nous détaillons ce site dans notre page pour visiter Nara et son parc aux daims en liberté.
Reste l’horaire. Entre 11 et 15 heures, file jusqu’à la porte et groupes scolaires ; à 8 heures, tu es à peu près seul. La marche depuis la gare de Hase, troisième arrêt de l’Enoden, prend cinq à dix minutes.
Hase-dera, et pourquoi juin est un piège
À cinq minutes du Bouddha, le Hase-dera est bâti à flanc de colline, d’où le seul vrai panorama de la ville sur la baie de Sagami. Compte 400 yens, de 8 à 17 heures, 17h30 d’avril à juin ; le musée Kannon, à part, demande 300 yens de plus et ouvre de 9 heures à 16h30.
La statue principale est une Kannon à onze têtes de 9,18 mètres, en bois doré, l’une des plus grandes sculptures de bois du Japon. Le reste vaut autant : le hall Amida et son Bouddha doré de près de trois mètres, la grotte Benten-kutsu creusée dans le grès où l’on avance courbé entre des divinités taillées dans la paroi, et surtout le champ de petits Jizo, statuettes alignées par centaines en bonnets et bavoirs rouges, offertes pour les enfants morts. Le lieu le plus émouvant de Kamakura, et sans supplément.
Maintenant l’avertissement. Kamakura est réputée pour ses hortensias, et le Hase-dera a un chemin qui grimpe entre les massifs : en juin il fonctionne par tickets numérotés, avec des attentes qui se comptent en heures le week-end. Même chose au Meigetsu-in, au nord, dont 95 % des hortensias sont de la variété hime-ajisai d’un bleu très pâle — 500 yens l’entrée, 500 de plus quand le jardin arrière est ouvert, de 9 à 16 heures, 8h30 à 17 heures en juin. Superbe, et invivable un dimanche de mi-juin. Notre page sur la saison des pluies au Japon pose le calendrier. Mon avis : un mardi matin, ou pas pour les hortensias.
Kita-Kamakura, le versant zen que presque tout le monde saute
Kita-Kamakura est la station précédente sur la même ligne, et c’est là que se trouvent les temples les plus intéressants — désertés par comparaison, parce que les visiteurs d’un jour descendent directement à Kamakura.
- Engaku-ji, 500 yens, de 8h30 à 17 heures, 16h30 de décembre à février. Fondé en 1282 par le régent Hojo Tokimune pour les morts des invasions mongoles ; cloche et reliquaire classés trésors nationaux. Collé à la gare.
- Kencho-ji, 500 yens, de 8h30 à 16h30. Premier des cinq grands temples zen et le plus ancien de la ville, fondé en 1253, avec un plafond de dragon dans le hall du Dharma. Depuis les collines derrière, on voit le Fuji par temps clair d’hiver.
- Tokei-ji, gratuit, de 9 à 16 heures. Fondé en 1285, refuge des femmes fuyant un mari violent : trois ans de séjour valaient divorce officiel sous Edo. Photographies interdites.
- Jochi-ji, 300 yens, de 9 heures à 16h30. Quatrième des cinq grands temples, et point de départ du sentier du Daibutsu.
Ce sentier est l’autre bonne raison de descendre ici. Le Daibutsu Hiking Course relie le Jochi-ji au grand Bouddha en une heure à une heure et demie par la crête ouest, avec un crochet possible par le sanctuaire Zeniarai Benten, gratuit, de 8 heures à 16h30, où l’on lave ses billets dans une source au fond d’une grotte. Le sentier n’est pas aménagé — terre battue, racines, passages raides et glissants après la pluie — et des chaussures de ville n’y suffisent pas. Au nord, le Tenen Hiking Course relie le Kencho-ji au Zuisen-ji, temple à 200 yens de 9 à 17 heures dont le jardin de rochers a été dessiné par Muso.
Une chose à savoir avant de payer trois ou quatre entrées : ces temples sont zen, donc volontairement pauvres en décor. Pas de dorures, pas de statues spectaculaires, des cours de gravier et des toits de chaume. Si tu attends l’exubérance de Nikko, tu seras déçu. Notre page sur les temples et sanctuaires japonais explique ce que promet chacun.
L’Enoden, le passage à niveau et la côte
L’Enoden est une ligne de dix kilomètres, à voie unique sur une bonne partie, qui passe entre les maisons puis débouche brutalement sur l’océan. Entre Shichirigahama et Koshigoe, elle longe la mer à quelques mètres, et par temps clair d’hiver le mont Fuji apparaît au-dessus de la baie, à droite dans le sens Kamakura–Fujisawa : un des meilleurs points de vue sans effort sur le volcan, sujet de notre page pour repérer le Mont Fuji et choisir son point de vue.
À l’arrêt Kamakurakokomae se trouve le passage à niveau rendu célèbre par un générique de dessin animé. Autant le dire : c’est un passage à niveau. Des dizaines de personnes s’y arrêtent en pleine chaussée pour photographier, des agents en gilet tentent de les faire circuler, et les riverains subissent ça tous les jours. Prends ta photo depuis le trottoir, ne bloque pas la voie, et passe ton chemin : ça vaut cinq minutes, pas trente.
Enoshima, au terminus, est une île reliée par un pont, plus touristique que sacrée mais bien faite. Le sanctuaire est gratuit, hors 200 yens pour la statue de Benten. Le jardin Samuel Cocking, la tour Sea Candle et les grottes Iwaya coûtent 500 yens chacun, et le billet combiné Enoshima 1-Day à 1 100 yens couvre les trois plus les escaliers mécaniques : rentable dès deux sites. Quant aux plages de Yuigahama et Zaimokuza, la saison officielle de baignade se limite à juillet et août — c’est d’ailleurs l’une des sorties que nous conseillons pour fuir la chaleur moite de Tokyo en été, quand la capitale devient irrespirable.
Une journée ou une nuit ? le découpage qui marche
Réponse franche : une journée suffit, à condition de partir tôt et de renoncer à tout voir. Kamakura est l’excursion tokyoïte par excellence, au même titre que Hakone, ses onsen et sa vue sur le Mont Fuji — sauf que Hakone justifie une nuit pour le bain du soir, alors qu’ici rien ne se joue après 17 heures : temples fermés, restaurants clos tôt, banlieue résidentielle. Une nuit ne se défend que pour la mi-juin, afin d’être au Meigetsu-in à l’ouverture, et pour les randonnées de crête.
Voici le découpage que je refais.
- 7h30 : départ de Tokyo, arrivée à Kita-Kamakura vers 8h30.
- 8h30 : Engaku-ji à l’ouverture, puis Tokei-ji, puis Kencho-ji.
- 10h30 : sentier du Daibutsu depuis le Jochi-ji, une heure à une heure et demie.
- 12h30 : grand Bouddha, puis Hase-dera dans la foulée.
- 15 heures : Enoden vers Enoshima, arrêt côte et grottes Iwaya.
- 17 heures : Tsurugaoka Hachimangu au retour, gratuit et ouvert tard, puis train.
Le Tsurugaoka Hachimangu, sanctuaire fondé par Yoritomo, est à dix à quinze minutes de la gare au bout de l’allée Dankazura, chaussée surélevée de près de cinq cents mètres plantée de cerisiers, accès libre : une des rares allées de cerisiers de la région, à comparer avec les cinq lieux où nous allons voir les sakura chaque printemps. Beaucoup le mettent en premier parce qu’il est le plus proche de la gare : erreur, il vaut mieux en fin de journée, quand la lumière est basse et que les allées se vident.
Deux derniers mots. Le versant est de la ville, autour du Hokoku-ji et de son bosquet de bambous — 400 yens l’entrée, 600 de plus pour un bol de matcha bu face aux bambous, de 9 à 16 heures — se rejoint en dix minutes de bus depuis l’arrêt 5 de la sortie est de la gare, environ 200 yens, ou vingt-cinq minutes à pied. Et Kamakura n’est pas un point d’appui : ni gare de shinkansen, ni réseau d’hébergement. On la fait depuis Tokyo, dont notre guide détaille la logistique, ou on l’insère entre deux étapes, comme Takayama et ses vallées au pied des Alpes japonaises dans un parcours vers le nord.
Questions fréquentes
Comment aller à Kamakura depuis Tokyo et combien ça coûte ?
Par la ligne JR Yokosuka depuis la gare de Tokyo, un peu moins d’une heure pour 1 040 yens, ou par la Shonan-Shinjuku depuis Shinjuku, environ une heure au même tarif, en vérifiant que le train est bien à destination de Zushi. Depuis Shinjuku, l’Odakyu propose aussi un forfait Enoshima Kamakura Free Pass à 1 640 yens, aller-retour et Enoden illimité compris, mais le trajet dure deux fois plus longtemps.
Peut-on entrer à l’intérieur du grand Bouddha de Kamakura ?
Oui, pour cinquante yens en plus des 300 yens d’entrée au Kotoku-in. C’est un couloir étroit et sombre à l’intérieur du bronze, où l’on voit les coutures des coulées successives et les renforts modernes. La visite prend cinq minutes et il y a souvent une file. Le temple ouvre de 8 heures à 17h30, jusqu’à 17 heures d’octobre à mars, dernière entrée un quart d’heure avant la fermeture.
Faut-il visiter Kamakura en juin pour les hortensias ?
Seulement en semaine et à l’ouverture. Le chemin d’hortensias du Hase-dera fonctionne alors par tickets numérotés, avec des attentes de plusieurs heures les week-ends, et le Meigetsu-in, dit temple des hortensias, sature de la même façon pour 500 yens l’entrée. Un mardi matin de mi-juin, c’est splendide ; un dimanche, tu passeras ta journée dans des files et dans des rames bondées.
Le pass Noriorikun de l’Enoden vaut-il le coup ?
À partir de trois trajets, oui. Il coûte 800 yens pour un adulte et 400 pour un enfant, et donne un usage illimité de la ligne sur la journée. Comme un programme classique enchaîne Kamakura, Hase pour le Bouddha, Kamakurakokomae pour la côte et Enoshima au terminus, le seuil est atteint sans effort. Si tu ne descends qu’à Hase et que tu remontes, prends simplement ta carte IC.
Sources
- Japan Guide — accès à Kamakura, lignes, durées et tarifs depuis Tokyo
- Enoshima Dentetsu — pass journée Noriorikun, tarifs officiels
- JNTO, office national du tourisme japonais
Article rédigé à partir de séjours réels au Japon. Les tarifs, horaires et conditions d’entrée des temples évoluent vite : vérifie toujours l’information officielle avant de partir.

